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France

« Actes de résistance » : 45 % contre 10 %, le chiffre de la tribune des cinq se lit aussi à l'envers

Trois ans après le 7-Octobre, cinq personnalités signent une tribune, relayée par Tribune Juive, qui part d'une motion du Parti vert britannique assimilant le sionisme au racisme pour nommer la source de la haine antijuive que l'Europe préfère taire. Elle a raison de nommer. Mais ses propres chiffres disent aussi une chose qu'on oublie : la France majoritaire n'est pas de l'autre côté.

Les faits d'abord. Pour le troisième anniversaire des massacres du 7 octobre, le Parti vert britannique de Zack Polanski a adopté une motion qui assimile le sionisme, c'est-à-dire le droit des Juifs à disposer d'un État, à une forme de racisme. À la place, le parti réclame un « État palestinien démocratique unique » sur l'ensemble de la Palestine historique, avec Jérusalem pour capitale et un droit au retour pour les Palestiniens et leurs descendants. Les signataires de la tribune traduisent sans détour : un seul État de la mer au Jourdain, où les Juifs redeviendraient une minorité. La fin d'Israël, votée à main levée par un parti écologiste.

C'est de là que les cinq auteurs déroulent leur alerte. Ils ne nient pas l'antisémitisme d'extrême droite : ils traitent l'affaire des messages attribués à Jordan Bardella avec sévérité et jugent que la « décence » impose à Marine Le Pen de poursuivre ses purges. Mais ils refusent que ce débat serve d'écran. Leurs chiffres sont sourcés. Selon l'Ifop (2023), 45 % des musulmans de France qualifient les massacres du 7 octobre d'« actes de résistance contre la colonisation », contre 10 % de l'ensemble des Français. Selon l'Ifop (2024), près de la moitié souhaitent la disparition d'Israël à moyen ou long terme, 62 % chez les plus jeunes. Et une liste de noms que les Juifs de France connaissent par cœur : Ilan Halimi, Mireille Knoll, la famille Sandler. Tous les Français juifs tués parce que juifs depuis le début du siècle l'ont été par des islamistes. Face à cela, rappellent-ils, Emmanuel Macron avait jugé la flambée des violences antisémites « inexplicable ».

Nommer est la première des protections. Un danger qu'on refuse de décrire ne se combat pas, et la tribune a le mérite de mettre un mot sur ce que les parents d'élèves juifs chassés des écoles publiques vivent depuis vingt ans. Midbar partage ce diagnostic, avec une précision que nous tenons pour essentielle : l'adversaire est une idéologie, l'islamisme, et ceux qui le banalisent, pas une religion ni ceux qui la pratiquent. La formule des signataires, « à mesure que le continent s'islamise », est la leur. La nôtre est plus simple : la haine grandit là où l'islamisme est toléré et là où des partis en ont fait un fonds de commerce. Et la preuve que l'adversaire n'est pas « les musulmans » se trouve dans la tribune elle-même, qui s'appuie sur Riad Sattouf et Kamel Daoud, des auteurs issus de ce monde et qui ont documenté cette haine « avec bravoure ».

Voilà l'angle que la tribune ne développe pas et qui nous paraît décisif : ses chiffres se lisent à l'envers. Si 45 % qualifient le 7-Octobre de résistance, 55 % des musulmans de France ne le font pas. Si 10 % de l'ensemble des Français le pensent, neuf sur dix refusent ce récit. Si 62 % des jeunes musulmans souhaitent la disparition d'Israël, près de quatre sur dix ne la souhaitent pas. Les Juifs de France ne sont pas seuls dans leur pays. Ils ont une majorité avec eux, à condition de la nommer, elle aussi.

Voilà l'angle que la tribune ne développe pas et qui nous paraît décisif : ses chiffres se lisent à l'envers.

Il y a enfin une mémoire que la tribune rappelle en une phrase et que notre communauté porte dans sa chair : les 800 000 Juifs jetés sur les routes de l'exil par les indépendances arabes, chassés de terres où leur présence précédait souvent l'islam. Les familles de Sarcelles, de Marseille ou de Créteil n'ont pas besoin de sondage pour savoir ce qu'est la condition de dhimmi : elles en viennent. Et ce sont elles, précisément, qui savent aussi que l'on a vécu des siècles aux côtés de voisins musulmans sans que la haine soit une fatalité. Cette double connaissance est notre force. Elle permet de nommer l'ennemi sans haïr personne, et de compter nos alliés : les neuf Français sur dix, les Daoud et les Sattouf, et tous ceux qui, dans la maison d'Israël, religieux ou laïcs, de droite ou de gauche, lisent le même chiffre et tirent la même conclusion. On ne construit pas une protection sur la peur. On la construit sur ceux qui tiennent avec nous.

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