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Adèle Haenel sur France 5 : quand le service public offre une « carte blanche » à l'accusation de « génocide »

Invitée de « La Grande Librairie » mercredi soir, l'ex-actrice a détourné une séquence sur la parole des victimes de viol pour accuser Israël de « génocide » et la France de « complicité ». Le vrai scandale n'est pas la militante : c'est le dispositif télévisuel qui la laisse faire, sans contradiction, à une heure de grande écoute.

·Source : RadioJ

Mercredi soir, sur le plateau de « La Grande Librairie » sur France 5, Adèle Haenel disposait d'une carte blanche. L'ancienne actrice, devenue militante à plein temps, a d'abord mis en scène, à la deuxième personne, le courage d'une victime de viol qui ose parler : « Alors, le mot tombe. Il m'a violée. » Puis, dans une transition qu'elle a elle-même construite comme un parallèle, elle a enchaîné : « Moi aussi, j'ai pris une décision. Je vais parler. » Et de conclure : « L'État d'Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice. N'acceptez pas l'inacceptable. Alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine. »

Arrêtons-nous sur ce que cette séquence fait réellement. Elle place sur le même plan la parole d'une victime de viol — un acte de courage intime, incontestable — et une accusation géopolitique parmi les plus graves du droit international, assénée sans un fait, sans un chiffre, sans un contradicteur. Le mot « génocide » y fonctionne non comme une qualification juridique, mais comme un mot de passe militant, lancé dans ce qu'elle appelle « le silence télévisuel qui englue le pays » — comme si ce mot n'était pas déjà omniprésent dans le débat public français, des tribunes aux manifestations.

— comme si ce mot n'était pas déjà omniprésent dans le débat public français, des tribunes aux manifestations.

Car c'est là l'inversion la plus frappante : Adèle Haenel se présente en briseuse de tabou, en voix solitaire qui « saute dans le vide ». En réalité, elle récite le lexique le plus banalisé de la scène militante française, celui-là même que des milliers de manifestants scandent chaque semaine. Il n'y a aucun risque à accuser Israël de « génocide » sur France 5 en 2026. Le risque, aujourd'hui, c'est plutôt d'être un étudiant juif identifiable sur un campus, ou un artiste qui assume un lien avec Israël et voit ses concerts annulés.

La question qui compte est ailleurs : pourquoi le service public, financé par tous les Français — y compris les Français juifs —, offre-t-il un mégaphone sans filtre à ce discours ? Une « carte blanche » dans une émission littéraire n'est pas une interview : personne en face pour rappeler le 7 octobre, les otages, la guerre déclenchée par le Hamas, ou simplement pour demander à l'invitée sur quels faits elle fonde le mot « complice » appliqué à la France. Le dispositif transforme une opinion militante en vérité proclamée, adoubée par le cadre feutré de la grande émission culturelle.

Et c'est peut-être l'enseignement le plus important de cette séquence : la bataille contre Israël ne se joue plus seulement dans les hémicycles ou dans la rue, mais dans les interstices de la programmation culturelle — une fiche IMDb modifiée, un festival d'humour boycotté, une carte blanche littéraire détournée. Chaque fois, le procédé est identique : utiliser un espace conçu pour autre chose, où la contradiction n'est pas prévue. Pour les téléspectateurs juifs de France, le message est limpide : il n'existe plus d'espace culturel neutre. Aux chaînes publiques de décider si elles veulent être des scènes de débat ou des tribunes à sens unique — et aux téléspectateurs de le leur rappeler.

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