Midbar
← Retour
Culture

Affaire Ruffalo : quand 170 Juifs de Hollywood signent pour défendre un trope antisémite

Mark Ruffalo lie la fusion Paramount-Warner à un « oligarque » juif et à Gaza. Le plus troublant n'est pas son post : c'est la lettre ouverte de 170 personnalités juives qui volent à son secours — et transforment une querelle hollywoodienne en test grandeur nature de qui définit l'antisémitisme.

06/09/2026·Source : JTA

Fin août, l'acteur Mark Ruffalo publie sur les réseaux sociaux un message liant David Ellison, patron de Paramount Skydance et artisan de la fusion à 110 milliards de dollars avec Warner Bros. Discovery, à Oracle — la société de son père Larry Ellison, qu'il accuse d'entretenir « un système d'apartheid et d'oppression » à Gaza. Il qualifie Larry Ellison de « classique oligarque » qui « écrase les travailleurs et concentre la richesse du monde pour son propre pouvoir ». Les deux Ellison sont juifs, et des soutiens affichés d'Israël.

La réaction ne s'est pas fait attendre. Paramount a dénoncé des « tropes antisémites ». Le président de la Jewish Federation of Greater Los Angeles a pointé un discours qui « combine richesse juive, contrôle des médias, technologie secrète et pouvoir mondial sinistre » — soit, mot pour mot, la grammaire du complotisme antisémite depuis plus d'un siècle. Le Centre Simon Wiesenthal et Creative Community For Peace ont suivi. Le co-créateur de « Fauda », Avi Isaacharoff, a résumé l'homme d'une formule : « une combinaison rare » d'« ignorant » et de « stupide ».

Puis est arrivée la contre-attaque : une lettre ouverte signée par quelque 170 personnalités juives — Joel Coen, Jonathan Glazer, Tony Kushner, Joaquin Phoenix parmi elles — dénonçant une « instrumentalisation fausse et dangereuse des accusations d'antisémitisme ». Mieux : la lettre affirme que pointer « les connexions cruciales entre ce qui se passe à Gaza et ce qui se passe à Hollywood » relève de « l'essence même du devoir éthique juif ». George Clooney a ajouté sa voix jeudi.

Disons-le clairement : décrire un milliardaire juif comme le maître occulte d'un empire médiatique au service d'un « apartheid », ce n'est pas critiquer une fusion. C'est recycler le schéma le plus ancien de la haine des Juifs — l'argent, les médias, le pouvoir caché — en lui donnant un vernis progressiste. Que Ruffalo en soit conscient ou non importe peu : le trope fonctionne indépendamment des intentions. La Fédération de Los Angeles ne s'y est pas trompée.

Mais l'enjeu réel dépasse Ruffalo. Ce que cette affaire installe, c'est un précédent redoutable : désormais, toute accusation d'antisémitisme visant la gauche culturelle pourra être neutralisée par une lettre de Juifs « éthiques » certifiant le contraire. Les 170 signataires ne défendent pas un ami ; ils offrent un mécanisme d'absolution réutilisable à l'infini, où l'identité juive des signataires sert de bouclier à la rhétorique qu'elle devrait combattre.

Et c'est là l'angle que personne ne souligne : la bataille de Hollywood n'est pas une querelle de stars, c'est une bataille pour le monopole de la définition. Qui décide de ce qui est antisémite — les institutions communautaires qui documentent les tropes, ou une avant-garde progressiste qui en revendique la propriété morale ? Même Kenneth Lonergan, ami de Ruffalo depuis trente ans, qui juge l'accusation « préposterante », prend soin de dire son désaccord « profond » avec ses positions sur Israël et « la constellation de proxys islamistes fanatiques de l'Iran ». Cette nuance-là, la lettre des 170 ne la fait pas. Et c'est précisément son silence le plus éloquent.

#Hollywood#Ruffalo#Paramount#Antisémitisme#Israël#Midbar