Ali al-Taher : comment le Hezbollah a offert sa forteresse souterraine à Israël sur un plateau d'argent
Tsahal a pris le contrôle de la crête d'Ali al-Taher, « centre nerveux » de la division Badr du Hezbollah. Mais la vraie leçon n'est pas militaire : à chaque étape, le Hezbollah a préféré perdre le terrain face à Israël plutôt que de le céder à l'État libanais. Et cet aveu vaut toutes les victoires.
Jeudi soir, l'armée israélienne a annoncé avoir pris le « contrôle opérationnel » de la crête d'Ali al-Taher, dans le caza de Nabatiyé. Culminant à environ 600 mètres, la position domine le château de Beaufort, la vallée du Litani, Nabatiyé et les hauteurs de Jezzine. Sous la colline, les troupes de la 36e division ont découvert un complexe souterrain construit sur deux décennies et financé par l'Iran : salles de commandement, dépôts d'armes, espaces de vie — le quartier général de la division régionale Badr, chargée du secteur au nord du Litani. « La prise de la crête d'Ali Taher marque l'achèvement du contrôle de la zone de sécurité dans le sud du Liban », a déclaré le ministre de la Défense Israël Katz.
La victoire militaire est nette, et elle a coûté cher : le 19 juin, une tentative de progression sur le versant nord avait tué quatre soldats israéliens, dont un commandant de bataillon blindé. Mais l'essentiel de cette histoire ne se joue pas dans les tunnels. Il se joue dans la chronologie diplomatique qui les entoure.
Car le 26 juin, un accord parrainé par Washington a été signé par l'État libanais, Israël et les États-Unis : redéploiement de l'armée libanaise dans le Sud contre désarmement du Hezbollah. En juillet, Israël s'est même retiré de trois zones pilotes, dont Zawtar el-Gharbiyé, localité voisine d'Ali al-Taher, où l'armée libanaise s'est déployée. La voie de sortie existait. Elle était écrite noir sur blanc.
Le Hezbollah l'a refusée. À partir du 19 août, plusieurs journaux libanais ont confirmé que le mouvement rejetait toute cession du site — pas seulement à Israël, mais à l'armée libanaise elle-même. Une source du mouvement, citée par Al-Joumhouriya, écartait la remise des hauteurs « à l'armée libanaise, à Israël ou à quiconque », par crainte d'un précédent. Même les efforts du président Joseph Aoun, appuyés par Nabih Berry — allié historique du Hezbollah —, ont été rejetés.
Voilà l'aveu que personne ne devrait laisser passer : le Hezbollah craint davantage la souveraineté libanaise qu'une défaite face à Tsahal. Perdre Ali al-Taher au combat reste, dans sa logique, une péripétie ; le remettre à l'État libanais créerait un précédent qui déferait sa raison d'être — celle d'un État dans l'État armé par Téhéran. Comme le résume Ici Beyrouth, média libanais hostile au « parti de Dieu » : en refusant de céder la crête à l'armée libanaise, le Hezbollah « a offert le site à Israël sur un plateau d'argent ».
Et c'est ici que se dessine une convergence inédite : sur Ali al-Taher, les intérêts d'Israël et ceux de l'État libanais pointent dans la même direction. Chaque bastion que Tsahal démantèle est un bastion que Beyrouth n'aura pas à reprendre. Katz l'a d'ailleurs conditionné explicitement : pas de retrait « jusqu'à ce que le Hezbollah soit désarmé ». Autrement dit, la clé de la souveraineté libanaise est désormais posée sur la table — et c'est le Hezbollah, pas Israël, qui refuse de la saisir. La presse libanaise elle-même commence à le dire. C'est peut-être la vraie nouvelle réalité qui s'impose au sud du Litani.