Le chiffre le plus important n'est d'ailleurs pas celui des arrivées, mais celui des dossiers. En France, 7 033 dossiers d'alyah ont été ouverts cette année, contre 5 349 l'année précédente : + 31,5 %. Un dossier, ce n'est pas un départ ; c'est une décision prise en famille, des mois avant l'avion. C'est précisément pour cela qu'il est le vrai baromètre : il capte l'intention au moment où elle se forme. L'écart entre 7 033 dossiers et 4 364 départs, c'est la réserve de l'année prochaine, et cette réserve a grossi d'un tiers en douze mois. La France n'est pas seule : + 68 % au Royaume-Uni, + 17,1 % aux États-Unis, près de 90 % en Australie. Tout l'Occident juif bouge. Mais c'est la France qui bouge le plus tôt et le plus massivement.
C'est précisément pour cela qu'il est le vrai baromètre : il capte l'intention au moment où elle se forme.
Qui part ? Pas les retraités qu'on imagine. 35 % des olim ont entre 18 et 35 ans, 24 % sont des enfants ou des adolescents. Parmi eux, 414 médecins ont intégré le système de santé israélien. C'est une alyah de bâtisseurs, pas une alyah de repli. Le ministre Ofir Sofer parle d'« une occasion nationale que l'État d'Israël ne peut pas se permettre de manquer ». Le verbe est bien choisi. Cet avertissement ne s'adresse pas à la diaspora, il s'adresse à Israël : le goulot d'étranglement n'est plus la volonté de partir, c'est la capacité d'accueillir, de loger et de faire travailler ces jeunes et ces médecins à la hauteur de ce qu'ils apportent.
Un détail du bilan mérite plus que la ligne qu'on lui accorde. Tel-Aviv a accueilli le plus d'olim, 2 762, devant Netanya, Jérusalem, Haïfa et Raanana. Mais près d'un tiers des nouveaux arrivants se sont installés au nord de Hadera ou au sud d'Ashdod. Autrement dit, dans les régions qui ont porté le poids de la guerre cette année. Pendant que les chancelleries s'interrogent sur l'avenir d'Israël, un tiers des olim répondent en s'installant près de ses fronts. Doron Almog y voit « une expression profonde d'amour inconditionnel » et « de confiance dans l'avenir de l'État d'Israël ». Il a raison, et il faut le dire sans gêne : on ne quitte pas un pays en paix pour un pays en guerre par peur seulement. On le fait aussi par choix.
Reste une hypothèse que ce bilan rend plausible. Le flux russe dépend de circonstances qui peuvent se retourner ; le flux français, lui, progresse de façon structurelle, d'un tiers par an en intentions. Le jour où la France deviendra le premier pays d'origine des olim, ce ne sera pas une statistique de l'Agence juive. Ce sera le bulletin de notes que les Juifs de France auront décerné à la République, un dossier après l'autre, sans jamais avoir eu besoin de le crier.