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Ambassade israélienne à Ljubljana : la Slovénie change de camp, et l'Europe découvre que rien n'est irréversible

Il y a un an, Ljubljana parlait de « génocide » et bloquait les produits israéliens. Mercredi, Gideon Saar y inaugurait la première ambassade d'Israël. L'histoire slovène prouve ce que les Juifs d'Europe n'osent plus croire : l'hostilité d'un État n'est jamais définitive.

Mercredi, à Ljubljana, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a inauguré la première ambassade permanente d'Israël en Slovénie — trente-quatre ans après l'établissement des relations diplomatiques en 1992, jusqu'ici assurées par des ambassadeurs non résidents. « Une ambassade, c'est plus qu'un drapeau sur un bâtiment. C'est un investissement dans une relation et un engagement pour son avenir », a-t-il déclaré aux côtés de son homologue Tone Kajzer, avant cette phrase qui résume la doctrine diplomatique israélienne actuelle : « Israël se souvient de ses amis. Comme vous vous êtes tenus à nos côtés, nous nous tiendrons aux vôtres. »

Le contraste avec le passé récent est saisissant. Sous le gouvernement de centre-gauche de Robert Golob, la Slovénie qualifiait l'opération israélienne à Gaza de « génocide », imposait un embargo sur les armes et interdisait l'importation de produits des communautés israéliennes de Judée-Samarie. Depuis son retour au pouvoir fin mai, Janez Jansa a levé l'embargo, annulé l'interdiction d'importation et opposé son veto à un projet de déclaration commune de l'UE condamnant Israël — un veto que Benjamin Netanyahu a publiquement salué fin août.

Ce basculement mérite d'être lu pour ce qu'il est : la preuve qu'aucune position européenne sur Israël n'est gravée dans le marbre. Au moment précis où douze capitales, dont Paris et Londres, sanctionnent le commerce avec la Judée-Samarie, un pays membre de l'UE fait exactement le chemin inverse. La « communauté internationale » que l'on invoque comme un bloc n'existe pas : il existe des gouvernements, qui changent, et des élections, qui comptent. Pour les Juifs d'Europe habitués à voir l'isolement d'Israël présenté comme une fatalité historique, la leçon slovène est presque thérapeutique.

Elle a évidemment un prix. L'opposition slovène dépose une motion de censure, un éditorialiste de Dnevnik accuse Jansa d'être « le cheval de Troie des États-Unis et d'Israël » dans l'UE, et un sondage du quotidien Delo indique que 56 % des Slovènes s'opposent au rapprochement, contre 14 % de favorables. Des milliers de manifestants ont défilé devant l'hôtel de l'inauguration. Israël ne gagne pas ici une opinion publique : il gagne un allié gouvernemental — et au Conseil européen, où les déclarations se votent à l'unanimité, c'est un gouvernement qui bloque, pas un sondage.

Et c'est là l'angle que presque personne ne souligne : la Slovénie remplace fonctionnellement la Hongrie. Depuis la défaite de Viktor Orban aux législatives d'avril, Israël avait perdu son veto de facto à Bruxelles. Le voici restauré, sous un autre drapeau. La diplomatie israélienne ne cherche plus à convaincre les Vingt-Sept : elle cherche, en permanence, un point d'appui suffisant pour empêcher l'unanimité hostile. Un seul suffit. Saar est d'ailleurs venu accompagné d'une délégation de chefs d'entreprise : le lien se cimente aussi par l'économie, pour survivre à la prochaine alternance.

Et c'est là l'angle que presque personne ne souligne : la Slovénie remplace fonctionnellement la Hongrie.

La fragilité de l'édifice est réelle — un gouvernement minoritaire, une opinion contraire, une motion de censure. Mais le message adressé aux capitales qui sanctionnent est limpide : l'amitié d'Israël se mérite, se récompense, et peut se déplacer. À l'heure où l'Europe croit punir, Jérusalem recompose sa carte du continent, un pays à la fois.

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