Deganit Sanker-Lange, directrice générale du ministère de l'Aliyah et de l'Intégration, résume l'intention : « Nous déployons des efforts considérables pour améliorer le processus d'intégration avant même l'aliyah. » Et elle ajoute que le succès du salon « témoigne plus que jamais de la nécessité de nous préparer à une vague importante d'aliyah en provenance de France ».
Lisons bien ce qui vient de changer. Pendant des décennies, l'aliyah de France s'est racontée dans un seul ordre : on part, on arrive, et ensuite on cherche. Un logement, un ulpan, un travail, souvent en dessous de ses qualifications. Le récit était celui d'un départ, parfois d'une fuite. Ce qui s'est passé dimanche inverse l'ordre des opérations : l'entretien d'embauche a lieu à Paris, et la valise vient après. Le Juif de France n'est plus un dossier à traiter à l'atterrissage, c'est un profil que l'on vient chercher.
Ce qui s'est passé dimanche inverse l'ordre des opérations : l'entretien d'embauche a lieu à Paris, et la valise vient après.
Et regardons qui est venu le chercher. Les industries de défense, ce sont celles qui ont porté Israël pendant la guerre, celles dont les intercepteurs ont protégé Tel-Aviv et, on l'a vu récemment, des capitales arabes. Quand un pays envoie ce secteur-là recruter des ingénieurs, des techniciens et des financiers dans la capitale française, il ne propose pas un abri. Il confie une part de sa sécurité. C'est la différence entre être accueilli et être attendu. Les Juifs de France, formés dans les écoles d'ingénieurs et les universités françaises, arrivent avec quelque chose qu'Israël veut, et Israël le leur dit en face.
Il faut aussi dire ce que ce salon ne signifie pas. L'aliyah n'est pas un verdict sur ceux qui restent. Les 600 foyers de dimanche et les familles qui continueront à faire vivre les écoles, les synagogues et les associations de Paris, Marseille ou Lyon appartiennent au même peuple, à deux adresses. Ceux qui restent tiennent la maison ; ceux qui partent la prolongent. Et les 50 profils repérés cette semaine deviendront, une fois en poste, le pont naturel entre l'industrie française et l'industrie israélienne, entre la communauté qu'ils quittent et celle qu'ils rejoignent.
C'est peut-être là l'effet le plus sous-estimé de cette journée : elle redresse aussi ceux qui ne partent pas. Une diaspora dont les enfants sont recherchés par les entreprises qui défendent Israël n'est pas une communauté qui s'efface. C'est une réserve de talents que l'État juif vient solliciter dans ses propres villes, et qu'il traite comme telle. Kol Israël arevim zé la zé, tous les Juifs sont garants les uns des autres : dimanche, cette phrase avait la forme d'un entretien d'embauche.