Le nouveau livre de Michael Kimmel révèle un fait vertigineux : presque tous les grands fabricants de jouets américains du XXe siècle étaient des Juifs de première génération. Fermés aux professions établies par l'antisémitisme, ils ont créé mieux qu'une industrie — une idée de l'enfance qu'on ne leur avait jamais accordée.
C'est une histoire que la presse généraliste raconte comme une curiosité culturelle. Elle est en réalité l'une des plus belles démonstrations de ce que le génie juif fait de l'exclusion. Dans « Toymakers: The Jewish Entrepreneurs Who Created the Toy Industry in America », le sociologue Michael Kimmel, professeur retraité de Stony Brook, établit un fait stupéfiant : au tournant du XXe siècle, la quasi-totalité des grandes entreprises américaines de jouets ont été fondées par des Juifs de première génération.
La liste donne le vertige : Barbie (Ruth Handler), les trains Lionel (Lionel Cowan), Mr. Potato Head (George Lerner), le Hula Hoop (Arthur Melin et Richard Knerr), G.I. Joe (Larry Reiner), la pâte à modeler Play-Doh et le four Easy-Bake (les frères Steiner). Sans oublier l'origine du projet lui-même : l'arrière-arrière-grand-oncle de Kimmel, Morris Michtom, immigré de l'actuelle Biélorussie qui avait étudié pour devenir rabbin avant de fuir la conscription dans l'armée russe. C'est lui qui, avec sa femme Rose, dans leur confiserie de Brooklyn, fabrique en 1902 un ourson en peluche inspiré d'une caricature de Theodore Roosevelt refusant d'abattre un ours. « Teddy's bear » deviendra l'Ideal Toy Corporation — et le jouet le plus universel du monde.
La liste donne le vertige : Barbie (Ruth Handler), les trains Lionel (Lionel Cowan), Mr.



