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Diaspora

Bras tendus à Madrid : quand la haine des migrants ressort le vieux logiciel antisémite

Des militants de Núcleo Nacional ont salué bras tendu et chanté « Cara al Sol » devant le Congrès espagnol lors des manifestations anti-migrants. Le détail que tout le monde rate : ce groupe qui prétend défendre Ceuta accuse d'abord… Israël d'orchestrer l'immigration. La preuve que toute haine identitaire finit par retrouver son cœur nucléaire — le Juif.

05/09/2026·Source : JTA

Mercredi, en plein cœur de Madrid, entre 60 et 70 militants de Núcleo Nacional ont levé le bras en salut nazi et entonné « Cara al Sol », l'hymne fasciste de 1935 devenu emblème du régime franquiste. La scène s'est déroulée devant le Congrès, en marge de manifestations massives — environ 50 000 personnes selon le gouvernement — convoquées par le Parti populaire et Vox après l'arrivée de plus de 72 000 migrants marocains à Ceuta fin juillet, une traversée qui a coûté la vie à au moins 100 personnes.

Interrogé, le porte-parole du groupe a livré la défense classique : ce n'était pas un salut nazi mais un « salut ibérique ou romain » qui « représente nos ancêtres ». Les historiens sont formels : aucune preuve ne relie ce geste à la Rome antique. C'est une invention du fascisme italien des années 1920, adoptée par Franco en 1937 — puis abandonnée sur son ordre en 1945, quand l'Axe a perdu. Même le Caudillo savait ce que ce bras tendu signifiait.

Mais l'essentiel n'est pas dans la gestuelle. Il est dans l'idéologie du groupe, documentée par l'Observatoire de l'antisémitisme espagnol. Núcleo Nacional, fondé en 2024, fort d'environ 2 000 membres et déjà transformé en parti politique sous le nom de Noviembre Nacional, ne se contente pas de dénoncer l'immigration. Il affirme, dans un communiqué de 2024, que « c'est Israël qui finance l'invasion maghrébine à laquelle toute l'Europe est soumise ». Sur ses réseaux, il se dit ciblé par « le lobby judéo-sioniste en Espagne » et accuse « l'élite financière judéo-américaine » de « racheter l'Espagne à prix cassés ». Ses dirigeants nient la Shoah.

Arrêtons-nous sur ce mécanisme, car il est la véritable information. Il n'y a pas un seul Juif dans l'histoire de Ceuta racontée par ces militants. Le conflit oppose l'Espagne, le Maroc, des migrants, un gouvernement de gauche. Et pourtant, spontanément, irrésistiblement, le récit remonte vers le Juif : c'est lui qui finance, lui qui manipule, lui qui « invade » par procuration. C'est la théorie du « Grand Remplacement » dans sa version originale — celle où le remplaceur en chef porte toujours le même visage.

Pour les communautés juives d'Espagne, qui ont recensé 221 incidents antisémites en 2025, la leçon est amère mais précieuse : l'antisémitisme n'a pas besoin de nous pour prospérer, il a seulement besoin d'une crise. Et il vient désormais des deux bords à la fois — d'une extrême gauche qui fait de la dénonciation d'Israël une politique étrangère, et d'une extrême droite qui accuse Israël de submerger l'Europe.

Voici l'angle que personne ne souligne : ces deux discours, théoriquement ennemis, disent exactement la même chose. Le Juif comme puissance occulte, tantôt « colonisateur » à Gaza, tantôt « financier de l'invasion » à Ceuta. Le jour où ces deux récits fusionneront dans la rue — et Madrid vient d'en offrir la répétition générale — les Juifs d'Europe se retrouveront seuls au milieu. Raison de plus pour ne compter que sur notre propre lucidité, et la nommer sans détour.

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