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Diaspora

Brussels Airlines : quand un syndicat invente le droit de ne pas voler vers Tel-Aviv

Le premier syndicat belge menace de faire grève pour que les équipages puissent refuser les vols vers Israël au nom de la « conscience ». Derrière le vocabulaire de l'éthique, une bascule inédite : la normalisation du boycott d'un pays par ses propres travailleurs du ciel — avec la bénédiction demandée de l'État.

03/09/2026·Source : JTA

C'est une première dans l'aviation européenne. Le syndicat ACV Puls, le plus important de Belgique, a menacé mardi de lancer une grève contre Brussels Airlines si la compagnie continue d'imposer à ses équipages de travailler sur les vols vers Tel-Aviv. La compagnie a repris ses liaisons le 3 août, après cinq mois d'interruption liée à la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, d'abord avec des volontaires. Elle opère aujourd'hui trois vols par semaine — et veut revenir à une planification normale des équipages.

La porte-parole du syndicat, Jolinde Defieuw, a justifié la menace en invoquant « la guerre en cours et le génocide à Gaza », et exige que tout salarié ayant des « objections de sécurité ou de conscience » puisse refuser ces vols « sans conséquences financières, professionnelles ou disciplinaires ». La réponse du porte-parole de la compagnie, Nico Cardone, mérite d'être citée : « Nous ne sommes pas un parti politique. Nous ne nous engageons pas dans des discussions politiques sur les gouvernements de certaines destinations, et nous demandons à notre personnel de respecter ce même standard professionnel. »

Arrêtons-nous sur ce que ce conflit social révèle vraiment. L'« objection de conscience » est un concept forgé pour protéger l'individu contre l'obligation de tuer. Ici, il est retourné pour légitimer le refus de transporter des civils — des familles, des étudiants, des malades, des Juifs de Belgique qui rentrent voir leurs proches — vers un seul pays au monde. Aucun syndicat belge n'a jamais réclamé de clause de conscience pour les vols vers des dictatures qui emprisonnent des journalistes ou pendent des opposants. La « conscience » invoquée n'a qu'une seule destination : Tel-Aviv. Cela porte un nom, et ce n'est pas l'éthique.

Le contexte belge donne à cette affaire sa vraie gravité. Depuis 2023, la Belgique a interdit à son espace aérien les appareils transportant du matériel militaire à destination d'Israël, puis approuvé en juillet une interdiction d'importer les produits des implantations. Le syndicat demande maintenant au gouvernement de « prendre position » sur l'existence même de vols commerciaux vers Israël. Chaque étape paraît sectorielle, technique, limitée. Mises bout à bout, elles dessinent autre chose : la construction méthodique d'un embargo civil, brique par brique, sans jamais prononcer le mot.

Et c'est là l'angle que personne ne souligne : le précédent juridique. Si Brussels Airlines cède, tout salarié européen pourra demain invoquer sa « conscience » pour refuser de servir une destination, une clientèle, une communauté. Un guichetier pourra-t-il refuser d'enregistrer un passager pour Tel-Aviv ? Un bagagiste, de charger un vol El Al ? La clause de conscience appliquée à la géographie, c'est la porte ouverte à la discrimination par délégation — chacun son boycott personnel, protégé par le droit du travail. Les Juifs d'Europe, qui dépendent de ces lignes aériennes comme d'un cordon vital vers Israël, seraient les premiers à en payer le prix.

Brussels Airlines a, pour l'instant, tenu la ligne d'une entreprise qui transporte des passagers sans leur demander leur passeport moral. C'est cette ligne-là, bien plus que trois rotations hebdomadaires vers Tel-Aviv, qui se joue dans ce bras de fer. Si elle rompt en Belgique, elle rompra partout.

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