Café Basimta : neuf samedis de violence ont suffi — et c'est tout Jérusalem qui vient de reculer
Après deux mois de manifestations ultra-orthodoxes, le café Basimta renonce à ouvrir le Shabbat. Derrière l'affaire d'un établissement tenu par des missionnaires, une question autrement plus grave : à Jérusalem, la rue violente vient de prouver qu'elle obtient ce que ni la loi ni la municipalité ne lui accordaient.
Le café Basimta, ouvert cet été dans le quartier de Nahlaot, près du marché Mahane Yehuda, a annoncé jeudi qu'il n'ouvrirait plus le samedi. La décision, prise « après de longues délibérations et le cœur lourd » selon le communiqué de l'établissement, met fin à neuf samedis consécutifs de manifestations ultra-orthodoxes, du 4 juillet au 29 août.
Ces neuf semaines n'ont pas été de simples rassemblements. Dès le premier Shabbat, des dizaines de manifestants — dont beaucoup de mineurs — ont encerclé le café, frappé sur les vitres et renversé les tables. Les semaines suivantes : des barrières de police forcées, un sac d'excréments jeté à l'entrée, et en août, une femme accusée d'avoir versé de la colle dans la serrure. Face à eux, des soutiens venaient chaque samedi consommer, formant parfois de longues files. Le gérant Yoel Ben David reconnaissait fin juillet que les protestations avaient paradoxalement dopé le chiffre d'affaires — avant de céder quand même.
Soyons précis sur ce qui se joue. Basimta est opéré par Jews for Jesus, une organisation missionnaire dont l'activité heurte légitimement une immense majorité de Juifs, religieux comme laïcs. On peut — on doit — combattre le prosélytisme visant les Juifs. Mais il existe pour cela des voies légales : le rabbin Binyamin Vulcan, d'Or LeAchim, cherchait précisément à agir par les canaux municipaux. Ce n'est pas cette voie qui a gagné. Ce qui a gagné, c'est le harcèlement physique hebdomadaire. Et c'est là toute la différence entre une société de droit et une société où la rue tranche.
Yair Golan, chef des Démocrates et ancien numéro deux de Tsahal, a dénoncé une capitulation face à la « terreur harédie ». Avigdor Liberman a résumé l'absurde : dans « l'Israël de 2026 », boire un café le Shabbat est interdit, mais « haïr, attaquer et émeuter le Shabbat » est permis. Quand deux figures aussi différentes convergent, c'est que le malaise dépasse largement le cas d'espèce.
Car voici la leçon que personne ne tire : ce précédent ne concerne pas les missionnaires, il concerne le prochain café. Les manifestants n'ont pas gagné parce que Basimta était lié à Jews for Jesus — la plupart des passants l'ignoraient. Ils ont gagné parce que neuf samedis de pression physique ont épuisé un commerçant que ni la police, ni la municipalité n'ont su durablement protéger. La méthode est désormais validée, réplicable, et elle s'appliquera demain à un restaurant parfaitement juif et parfaitement laïc de Nahlaot.
La réponse la plus intéressante vient d'ailleurs du terrain démocratique : la faction pluraliste Hitorerut, dirigée par le maire-adjoint Adir Schwartz, étudie l'ouverture d'un café fonctionnant le samedi — sans aucun lien avec Basimta ni avec les missionnaires. C'est exactement le bon réflexe : dissocier la défense de la liberté du cas embarrassant qui l'a révélée. Israël est assez fort pour combattre le prosélytisme par la loi et défendre en même temps le droit d'un commerce à ouvrir. S'il ne fait plus les deux, ce n'est pas le Shabbat qui aura gagné à Jérusalem — c'est la violence.