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France

« Ce genre de pseudos » : relaxé à Senlis, « l'égorgeur de feujs » nous montre où la bataille s'est déplacée

Un jeune homme de 22 ans qui s'est appelé « l'égorgeur de feujs » pendant un an ressort libre du tribunal de Senlis. La colère est légitime. Mais le détail qui compte n'est pas dans le jugement : il est dans sa défense, et il désigne un terrain que les Juifs de France peuvent reprendre.

·Source : cnews.fr

Bryan R., 22 ans, « un garçon sans histoire » de Crépy-en-Valois, dans l'Oise, comparaissait devant le tribunal de Senlis pour apologie du terrorisme. De janvier 2025 à janvier 2026, il a porté sur des jeux en ligne et des messageries cryptées un pseudonyme qui dit tout : « l'égorgeur de feujs ». Dans des échanges privés, il expliquait soutenir « le Hamas, n'en déplaise à l'État français ». Lundi, il a été relaxé. Le tribunal a estimé que « le pseudonyme ne suffisait pas en lui-même pour susciter une adhésion à un acte terroriste ». La substitut du procureur avait pourtant requis huit mois de prison avec sursis.

« Le tribunal se moque de nous », a réagi sur CNEWS Me Alexandra Hawrylyszyn, avocate au barreau de Paris. « Vous pouvez vous présenter comme quelqu'un qui a la haine envers le peuple juif et vous n'êtes pas inquiété. » Cette colère, chacun d'entre nous la partage. Depuis 2014, l'apologie du terrorisme est un délit puni jusqu'à sept ans de prison et 100 000 euros d'amende. Entre ce plafond et une relaxe sèche, sans suivi, l'écart saute aux yeux.

Il faut pourtant lire le jugement pour ce qu'il dit, et pour ce qu'il ne dit pas. Le tribunal n'a pas déclaré que se nommer « égorgeur de feujs » était acceptable. Il a répondu à une question technique : ce pseudonyme constitue-t-il, à lui seul, une apologie du terrorisme, c'est-à-dire une incitation à adhérer à un acte terroriste ? Il a dit non. On peut contester ce raisonnement. On peut aussi relever que les mots en cause ne célèbrent pas un attentat : ils annoncent un crime contre des Juifs. La qualification choisie était peut-être la moins ajustée au mal réel. Ce débat appartient aux juristes et au parquet, qui garde la possibilité de poursuivre le combat sur ce dossier et sur les suivants.

Car quelque chose a tenu, et il faut le dire aussi. Dès janvier 2025, un simple pseudonyme sur un jeu en ligne a mis en mouvement le parquet antiterroriste, qui a mandaté les gendarmes de l'Oise pour identifier l'homme derrière le nom. Un an d'enquête, une audience, un réquisitoire. Et à la barre, ce jeune homme a dû prononcer, devant un tribunal de la République, les mots que l'on exige de lui : « Je ne soutiens pas le Hamas et je condamne le terrorisme. » Il y a dix ans, un pseudonyme pareil n'aurait inquiété personne. Aujourd'hui, il conduit au tribunal. La ligne a bougé, même si l'arrivée déçoit.

Mais l'élément le plus important de cette audience n'est ni le réquisitoire ni la relaxe. C'est la défense. « Je jouais sur un jeu vidéo avec des gens dont la plupart avait ce genre de pseudos, j'ai voulu faire la même chose. » Lisez bien : pour se disculper, il décrit un espace où « l'égorgeur de feujs » est un nom de joueur comme un autre, un code d'appartenance, une manière d'être accepté. La haine des Juifs n'y est pas une conviction, c'est un uniforme. Et c'est précisément ce qui la rend contagieuse chez des garçons « sans histoire ».

Et c'est précisément ce qui la rend contagieuse chez des garçons « sans histoire ».

Aucune peine, même sept ans, n'atteint un lobby de jeu. Ce terrain-là n'appartient pas aux juges : il appartient aux plateformes, qui savent modérer quand elles le veulent, aux parents, qui doivent lire les pseudonymes de leurs enfants comme ils liraient un tatouage, aux éducateurs et aux associations juives qui ont déjà appris à occuper les réseaux sociaux. La mobilisation qui a porté ce dossier jusqu'à Senlis, celle d'avocats, de plaignants, de médias qui relaient, prouve que notre communauté sait se faire entendre. Il lui reste à entrer dans la partie. Le tribunal a rendu son jugement ; la bataille, elle, se gagne là où l'on choisit son nom.

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