Soyons clairs sur ce que ce n'est pas : ce n'est ni une concession aux procureurs de La Haye, ni un ralliement aux capitales européennes qui sanctionnent des « colons extrémistes » pour mieux délégitimer l'ensemble de la présence juive au-delà de la ligne verte. C'est l'inverse. La distinction que Netanyahou trace — entre le demi-million d'Israéliens qui vivent, travaillent et élèvent leurs enfants en Judée-Samarie dans le cadre de la loi, et les quelques dizaines qui attaquent un village — est précisément celle que les ennemis d'Israël s'acharnent à effacer. Eux ont besoin que « colon » soit synonyme de « violent » pour condamner le tout. Chaque exaction non dénoncée leur offre cette équivalence sur un plateau.
Car la violence de ces marges ne blesse pas seulement des Palestiniens : elle blesse Israël. Elle fournit la matière première des dossiers de sanctions, des résolutions onusiennes, des campagnes de boycott. Elle mobilise des soldats de Tsahal — dont chaque heure compte, de Gaza au Liban — pour gérer des feux allumés par des Juifs. Et elle abîme ce qui fonde la position morale d'Israël dans cette guerre : la différence entre un État de droit qui juge ses criminels et des organisations terroristes qui les célèbrent.
Car la violence de ces marges ne blesse pas seulement des Palestiniens : elle blesse Israël.
C'est là l'angle que la presse généraliste ne verra pas : cette condamnation n'est pas une faiblesse de Netanyahou, elle est la condition de la force d'Israël. Un État qui nomme « criminels » les siens quand ils le méritent est un État qui peut regarder ses accusateurs en face. Le Hamas ne condamne jamais rien ; l'Autorité palestinienne verse des salaires aux auteurs d'attentats. Israël, lui, peut dire « criminels » à propos de ses propres citoyens — et cette asymétrie-là vaut tous les plaidoyers diplomatiques.
Reste l'exigence qui découle des mots : des arrestations, des procès, des condamnations. Si la déclaration reste sans suite judiciaire, elle deviendra une arme de plus dans les mains de ceux qui parlent d'impunité. Le test n'est donc pas rhétorique, il est pénal. Et c'est aussi une affaire interne au sionisme : la souveraineté juive retrouvée après deux mille ans ne survivra pas si une frange s'arroge le droit de rendre sa propre justice. Après Ramat Hasharon et ses synagogues attaquées par des Juifs, ce rappel tombe à point : le désordre intérieur est un luxe qu'Israël, en guerre sur sept fronts, ne peut pas se payer.