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France

« Désormais » : sur l'antisémitisme, LFI rejoint le RN dans l'opinion, et c'est le critère qui a changé

Presse Agence titre que La France insoumise est « désormais perçue au même niveau que le RN » sur l'antisémitisme. Le détail de l'enquête reste à lire. Mais le verdict d'opinion, lui, dit une chose que les Juifs de France savaient avant tout le monde : la haine des Juifs ne se juge pas à l'étiquette, elle se juge aux actes.

Un titre, et un adverbe. Presse Agence rapporte que La France insoumise est « désormais perçue au même niveau que le Rassemblement national » en matière d'antisémitisme. Nous n'avons pas pu consulter le détail de l'enquête, ni sa méthode, ni ses chiffres précis, et nous ne les inventerons pas. Mais le mot « désormais » suffit à poser le fait qui compte : une bascule a eu lieu dans le regard des Français, et elle n'est pas en faveur du parti de Jean-Luc Mélenchon.

Pendant des décennies, l'antisémitisme a eu une adresse politique en France, et une seule : l'extrême droite. Le Rassemblement national a porté ce passif, celui de son histoire et de ses fondateurs, et il lui appartient encore de prouver, par ses actes, ses votes et ses alliances, ce qu'il est devenu. Midbar ne lui fait pas de chèque en blanc. Mais ce passif a longtemps servi de paravent à une autre haine, celle qui s'est installée à gauche sous le nom d'antisionisme, et qui a trouvé dans LFI son relais le plus assumé depuis le 7 octobre.

Ce que l'opinion vient d'enregistrer, les communautés juives l'ont vécu en direct : les mots de LFI sur le Hamas, l'hostilité à Israël transformée en fonds de commerce électoral, les accusations de sionisme jetées sur tout ce qui bouge. Personne n'a eu besoin d'une enquête pour le savoir dans une synagogue de Sarcelles ou dans une école juive de Marseille. La nouveauté, c'est que le pays, lui, le voit aussi. Et une perception partagée par la majorité vaut plus qu'un communiqué : elle isole.

Et une perception partagée par la majorité vaut plus qu'un communiqué : elle isole.

C'est là que se joue, selon nous, la véritable victoire. Elle n'appartient pas à un parti. Elle appartient aux Juifs de France, qui ont répété, manifesté, documenté, nommé, souvent seuls, pendant trois ans. Quand le regard du pays finit par rejoindre le leur, ils cessent d'être une minorité qui se plaint pour devenir des citoyens dont le témoignage a été entendu. C'est exactement ce dont une communauté a besoin pour tenir : non pas qu'on la protège par pitié, mais qu'on lui donne raison sur les faits.

Reste une lecture que la presse générale ne fera pas, parce qu'elle tient à ses cadres. Si LFI et le RN sont « au même niveau », ce n'est pas que l'un ait blanchi l'autre. C'est que le critère a changé de nature. On ne juge plus un parti sur sa famille politique, on le juge sur ce qu'il fait pour ou contre les Juifs. Ce critère, Midbar le revendique depuis toujours, et il coupe dans les deux sens : il retire à LFI le confort d'une innocence proclamée, et il oblige le RN à continuer de faire ses preuves, acte après acte, sans jamais se reposer sur la comparaison.

Pour nos lecteurs, cette symétrie a une conséquence concrète. Un Juif de gauche et un Juif de droite n'ont plus à se disputer l'adresse de l'antisémitisme : ils disposent d'un même langage, celui des faits, des votes et des mots. C'est un terrain commun, et il est solide.

Une perception n'est pas un jugement, et une enquête d'opinion ne remplace ni la loi ni le tribunal. Mais elle dit où en est le pays. Et sur ce point, le « désormais » de Presse Agence relève plus qu'il n'abat : la France majoritaire a des yeux, elle a regardé, et elle ne confond plus le vernis des étiquettes avec la réalité des actes. Nous ne sommes pas seuls.

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