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France

« Donner des leçons, refuser d'en recevoir » : la France que ses Juifs aiment est celle qui sait encore écouter

Tribune Juive publie un texte au titre en forme de miroir : la France donne des leçons au monde entier, mais refuse d'en recevoir. Nous n'en connaissons que le titre. Il suffit pour poser une question que la presse ne pose jamais : et si la leçon la plus utile venait des élèves les plus fidèles de la France, ses Juifs ?

Un titre, publié par Tribune Juive, et qui tient en une phrase : « Donner des leçons au monde entier, mais refuser d'en recevoir ! » Le texte lui-même, nous ne l'avons pas encore lu, et nous ne lui ferons donc pas dire ce qu'il ne dit pas. Mais un titre pareil n'a pas besoin de notes de bas de page pour être compris par un Juif de France. Il décrit une expérience que chacun de nous a faite au moins une fois ces dernières années.

La France se pense comme le pays qui enseigne. Les droits de l'homme, la laïcité, l'universel : elle les a formulés, elle les exporte, elle les rappelle aux autres avec une constance qui fait partie de son identité. Sur Israël, cette vocation prend la forme d'un commentaire permanent. Paris conseille, met en garde, distribue les bons et les mauvais points, comme si la sécurité d'un petit pays entouré d'ennemis était une copie à corriger. Mais que la critique fasse le chemin inverse, que l'on dise à la France ce qu'elle ne veut pas entendre sur l'antisémitisme chez elle, sur le climat de ses cortèges, sur le vocabulaire de certains de ses élus, et la porte se referme. La leçon ne vaut que dans un sens.

Pour les Juifs de France, ce n'est pas une abstraction. Nous sommes, de tous les Français, ceux qui ont peut-être le mieux appris la leçon française. L'école de la République, l'armée, la citoyenneté, l'idée qu'on appartient à la nation par le cœur et non par le sang : nous y avons cru, nous y croyons encore, et c'est précisément pour cela que notre parole gêne. Quand un Juif de France dit que quelque chose ne va pas, il ne parle pas de l'extérieur. Il parle depuis le premier rang de la classe. Il tend à la France son propre cahier.

Quand un Juif de France dit que quelque chose ne va pas, il ne parle pas de l'extérieur.

La tradition juive a une réponse ancienne à cette question du maître qui n'accepte pas d'être corrigé. Les Maximes des Pères demandent : « Qui est sage ? » Et répondent : « Celui qui apprend de tout homme. » La sagesse n'est pas de ne jamais recevoir de leçon, elle est d'en recevoir sans cesse. Israël en sait quelque chose. Il reçoit des leçons du monde entier, tous les jours, et il vit avec, débat avec lui-même, se corrige, se relève. Cette capacité à encaisser la critique sans se dissoudre n'est pas une faiblesse. C'est une force, et c'est l'une des choses que nous, diaspora et Israël, avons en commun : nous n'avons jamais eu le luxe de refuser d'apprendre.

Voilà l'angle que ce titre ouvre sans le dire. Un pays qui refuse d'être enseigné finit par perdre ses élèves. Or les Juifs de France sont les élèves qui sont restés. Ceux qui continuent de prendre la France au mot, de lui rappeler sa promesse, de demander qu'elle soit fidèle à elle-même. Ce n'est pas une accusation, c'est une marque de confiance : on ne demande des comptes qu'à ceux dont on attend encore quelque chose.

Alors oui, la France donne des leçons. Nous ne lui demandons pas d'arrêter. Nous lui demandons seulement d'en recevoir une, venue de ceux qui l'ont le mieux écoutée. Et nous faisons ce pari, parce que Midbar ne vit pas du ressentiment : la France sait encore écouter, et c'est de ses Juifs qu'elle réapprendra d'abord à le faire.

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