Erdan, Zelikha, Gantz : le « troisième bloc » israélien joue sa survie — et peut-être la clé des élections de 2026
Sous le seuil des 3,25 % dans les sondages, Gilad Erdan multiplie les contacts avec Yaron Zelikha et Benny Gantz. Derrière ces tractations de petits partis, c'est l'architecture du prochain gouvernement d'Israël — et sa capacité à affronter les vraies urgences — qui se dessine.
Gilad Erdan, président du Parti de l'Unité, a confirmé samedi être en discussions avec Yaron Zelikha, chef du Parti économique, en vue d'une alliance électorale. « Un partenariat avec Yaron Zelikha et le Parti économique peut tout à fait être envisagé », a-t-il déclaré, saluant au passage le programme de Zelikha contre la vie chère. Erdan a aussi révélé avoir rencontré Benny Gantz à deux reprises, dont une cette semaine au domicile du président de Bleu-Blanc.
Pourquoi cette agitation ? Le chiffre est brutal : selon le dernier sondage de Channel 12, le parti d'Erdan reste sous le seuil électoral de 3,25 % — comme plusieurs autres composantes potentielles de ce « troisième bloc ». En Israël, un parti sous ce seuil ne perd pas seulement ses sièges : il fait disparaître les voix de ses électeurs. En 2026, avec un paysage aussi fragmenté, quelques dizaines de milliers de bulletins gaspillés peuvent décider qui forme le gouvernement.
Ce que ces tractations révèlent, c'est d'abord une leçon que le camp national israélien a apprise dans la douleur : la dispersion tue. Gantz, de son côté, a lancé une campagne pour l'unification du bloc, autour d'une idée simple — un « gouvernement sioniste large » qui ne dépendrait ni des partis ultraorthodoxes ni des partis arabes. Erdan dit partager avec lui trois priorités : ce gouvernement large, une loi imposant le service à l'ensemble des citoyens, et une réforme judiciaire fondée sur un large consensus.
Regardez bien cette liste. Ce ne sont pas des slogans de campagne : ce sont les trois plaies ouvertes de la société israélienne depuis le 7-Octobre. Le fardeau militaire inégalement partagé pendant que Tsahal manque d'hommes. La fracture judiciaire qui a déchiré le pays jusqu'à la veille de la guerre. Et l'impossibilité chronique de gouverner sans être l'otage d'un secteur ou d'un autre.
Et c'est là l'angle que la presse généraliste ne souligne pas : ce « troisième bloc » n'est pas une manœuvre centriste de plus. C'est la première tentative sérieuse de construire une offre politique post-7-Octobre — une coalition dont le ciment ne serait ni la personne de Netanyahou, ni son rejet, mais la réparation du contrat interne israélien. Erdan, ancien ambassadeur à l'ONU qui a défendu Israël dans l'arène la plus hostile du monde, sait mieux que quiconque que la solidité extérieure du pays commence par sa cohésion intérieure.
Le paradoxe est savoureux : ce sont les partis les plus faibles des sondages qui portent aujourd'hui la question la plus lourde. S'ils échouent à s'unir « dans les prochains jours », comme le promet Erdan, leurs voix s'évaporeront sous le seuil — et le débat sur le service pour tous et le consensus judiciaire s'évaporera avec elles. S'ils réussissent, ils pourraient devenir l'arbitre incontournable de la prochaine Knesset. Pour Israël, l'enjeu dépasse largement l'arithmétique électorale : c'est la possibilité d'un gouvernement qui gouverne enfin pour l'ensemble du corps national. Les alliances se nouent en ce moment, dans des salons privés. C'est là, pas dans les meetings, que se joue 2026.