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Diaspora

Espagne : 221 incidents antisémites en 2025 — le pays où seuls les enfants juifs vont à l'école sous protection policière

La fédération juive d'Espagne recense une hausse de 14,5 % des actes antisémites en 2025. Mais le chiffre le plus révélateur n'est pas là : c'est l'écart béant entre les 221 incidents comptés par la communauté et les 69 reconnus par l'État. Quand un gouvernement fait de la dénonciation d'Israël sa politique étrangère, il perd la capacité — et la volonté — de voir la haine qu'elle nourrit chez lui.

03/09/2026·Source : JTA

La Fédération des communautés juives d'Espagne (FCJE) a publié mercredi, avec le Mouvement contre l'intolérance (MCI), le rapport de son Observatoire de l'antisémitisme : 221 incidents antisémites recensés en 2025, contre 193 en 2024, soit une hausse de 14,5 %. Pour une communauté estimée entre 40 000 et 70 000 personnes, la proportion donne le vertige. Croix gammées sur des mémoriaux de la Shoah, tombes juives profanées, touristes français harcelés et crachés à la sortie d'une synagogue de Barcelone en juillet : le rapport documente une haine devenue quotidienne.

« Nos enfants sont les seuls à aller à l'école avec une présence policière », résume David Obadía, président de la FCJE. « Depuis le 7 octobre 2023, les Juifs espagnols doivent se rendre dans leurs lieux de rassemblement avec des mesures de sécurité spéciales, et les insultes et discriminations font partie de notre réalité pratiquement chaque jour. »

Mais le chiffre le plus parlant du rapport n'est pas la hausse elle-même. C'est l'écart. Le ministère espagnol de l'Intérieur ne comptabilise que 69 crimes et incidents de haine visant des Juifs en 2025 — certes en forte hausse par rapport aux 37 de 2024, mais trois fois moins que le décompte communautaire. La différence méthodologique n'explique pas tout : elle révèle qu'en Espagne, les deux tiers de l'antisémitisme vécu n'entrent jamais dans les statistiques officielles. Une haine que l'État ne voit pas est une haine que l'État ne combat pas.

Et ce n'est pas un hasard si cet aveuglement prospère précisément sous le gouvernement de Pedro Sánchez, l'un des accusateurs les plus virulents d'Israël en Europe, qui parle de « génocide » à chaque tribune. María Royo, porte-parole de la FCJE, pointe directement les « campagnes contre Israël » : certains groupes, dit-elle, « accusent tous les Juifs ». Et d'ajouter : « Les forces de sécurité font tout ce qui est en leur pouvoir, mais le gouvernement, les politiques, les médias et les leaders d'opinion pourraient être beaucoup plus rigoureux et prudents pour prévenir cette situation. » Traduction : la police protège les synagogues que la parole politique désigne.

Esteban Ibarra, président du MCI — une organisation espagnole de défense des droits humains, pas une institution juive —, enfonce le clou : « L'antisémitisme n'est pas une opinion ni un désaccord politique : c'est une forme de haine et de discrimination contre les Juifs. Quand il est toléré, normalisé ou minimisé, la coexistence se détériore et la démocratie s'affaiblit. »

C'est là l'angle que Madrid refuse de regarder. L'Espagne s'est construit un récit flatteur : celui d'un pays qui aurait soldé 1492 par la loi de nationalité offerte aux descendants de Sépharades, et qui pourrait donc critiquer Israël en toute innocence historique. Le rapport de la FCJE fracasse ce récit. Un pays où les écoliers juifs sont « les seuls » à étudier sous garde policière n'a pas soldé son histoire : il la rejoue, avec un vocabulaire actualisé. La question n'est plus de savoir si Sánchez est antisémite — c'est de constater que sous son mandat, être juif en Espagne redevient, chiffres à l'appui, une condition à risque. Et que l'État qui compte trois fois moins d'incidents que ses propres citoyens juifs a déjà choisi de ne pas savoir.

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