Expulsé de Thaïlande pour avoir banni les Israéliens : l'affaire Dimino, ou l'antisémitisme qui voyage avec le passeport français
Bangkok expulse le gérant français d'un parc animalier de Koh Samui qui refusait l'entrée aux Israéliens et assumait des propos antisémites. Un pays sans contentieux avec Israël vient de tracer une ligne que la France, elle, peine encore à faire respecter chez elle.
La Thaïlande a émis ce lundi 7 septembre un ordre d'expulsion contre Kevin Dimino, copropriétaire français du Samui Exotic Park, sur l'île de Koh Samui. Ce ressortissant originaire de Villeurbanne, installé depuis onze ans dans le royaume, refusait l'entrée de son établissement aux visiteurs israéliens. L'ordre, signé par le Premier ministre et ministre de l'Intérieur Anutin Charnvirakul lui-même, l'accuse de « menaces », de « harcèlement », de « violences physiques » — et surtout d'avoir « semé le trouble et attisé des divisions raciales et religieuses ».
L'affaire couvait depuis des mois. Après avoir affiché un drapeau palestinien dans son parc — en réponse, dit-il, à des « incivilités » de visiteurs israéliens —, Dimino a transformé un différend commercial en croisade. Une altercation filmée avec une famille israélienne est devenue virale en août. Depuis, l'homme répond aux critiques, selon Le Parisien, « avec un sens assumé de la provocation et des propos ouvertement antisémites ». Il faut mesurer ce glissement : on part d'un touriste mal élevé, prétendument, et on arrive à l'exclusion d'un peuple entier, puis à la haine déclarée des Juifs. C'est le mécanisme antisioniste dans sa version chimiquement pure, joué en accéléré sous les cocotiers.
La Thaïlande n'a pas cherché l'équilibre diplomatique : elle a appliqué sa loi. Trois jours plus tôt, elle avait d'ailleurs engagé la même procédure contre un Israélien, Yaacov Ohayon, condamné à 15 jours de prison avec sursis et 5 000 bahts d'amende pour avoir menacé Dimino et son épouse. Précisément parce que Bangkok a sanctionné les deux hommes, personne ne peut crier au deux poids deux mesures. Le message d'Anutin Charnvirakul est limpide : « Les touristes sont les bienvenus, mais ils doivent respecter nos lois, le peuple thaïlandais ainsi que nos coutumes et traditions. » Refuser un client parce qu'il est israélien n'est pas une opinion sur Gaza : c'est une discrimination, et un État qui se respecte la traite comme telle.
Ce que cette histoire révèle est plus inconfortable pour nous, Français. Il aura fallu un gouvernement thaïlandais — sans contentieux avec Israël, sans communauté juive significative, sans pression électorale — pour nommer et sanctionner en quelques jours ce que des institutions européennes mettent des années à qualifier. Combien de commerces, d'événements culturels, de compétitions ont vu des Israéliens écartés « par précaution » en Europe depuis le 7-Octobre, sans qu'aucun préfet ne signe quoi que ce soit ?
Et il y a un angle que presque personne ne souligne : Dimino n'est pas un produit local. C'est un antisémitisme d'exportation française. L'homme se dit « intégré », payant ses impôts, ne « faisant chier personne » — tout en bannissant des Juifs de son parc. Pendant ce temps, à 9 000 kilomètres, la maison de sa mère en banlieue lyonnaise a subi un incendie de garage et de véhicule le 19 août, pour lequel une enquête est ouverte — un engrenage de représailles que rien ne justifie et qui ne fait que salir la cause qu'il prétend servir. La leçon de Koh Samui est double : la haine des Juifs voyage désormais avec le passeport, et les réponses individuelles à cette haine, quand elles versent dans la menace, se retournent contre nous. C'est à l'État — thaïlandais hier, français demain, espérons-le — de faire ce travail. Bangkok vient de montrer que c'est possible en une semaine.