Une organisation juive fondée il y a 145 ans pour sauver les Juifs des pogroms attaque aujourd'hui le gouvernement israélien en justice pour protéger des demandeurs d'asile éthiopiens. Ce n'est pas un paradoxe : c'est un test de ce que le sionisme fait de sa propre mémoire.
L'histoire d'Endalkew Yemani Tesma pourrait être celle de milliers d'autres. Parti d'Éthiopie en 2005, passé par le Soudan, la Libye, puis le Sinaï égyptien — où il dit avoir été séquestré et maltraité par des trafiquants bédouins —, il arrive en Israël en 2008. Dix-huit ans plus tard, il travaille dans un restaurant de houmous à Jérusalem, élève six enfants dont la langue maternelle est l'hébreu, et vit toujours sous visa 2(a)5, ce permis renouvelable qui maintient les demandeurs d'asile dans un provisoire sans fin.
Les chiffres, rapportés par la JTA, donnent le vertige : le taux d'approbation des demandes d'asile en Israël avoisine 0,1 % — environ cinq personnes par an, selon le Haut-Commissariat de l'ONU aux réfugiés. Dans l'Union européenne, la même année 2025, 39 % des décisions étaient positives. Sigal Rozen, de la Hotline for Refugees and Migrants, connaît les approuvés « par leur prénom et leur nom ». Et 1 334 demandes de citoyens éthiopiens sont actuellement pendantes, sur environ 30 000 demandeurs d'asile dans le pays.



