Il faut mesurer ce que cela signifie. Depuis 1948, les ennemis d'Israël ont toujours misé sur la même hypothèse : l'État juif est un corps étranger, isolable, boycottable, contournable. Le BDS repose entièrement sur cette idée. IMEC la détruit. Un pays par lequel transitent les conteneurs indiens vers l'Europe n'est plus contournable : il devient un intérêt vital pour New Delhi, pour Abou Dhabi, pour Riyad, pour Bruxelles.
C'est là la victoire stratégique la plus sous-estimée de la décennie. Les accords d'Abraham ont créé une paix diplomatique ; IMEC créerait une paix *structurelle*, celle où nuire à Israël coûte cher à ses voisins. À l'inverse, chaque acteur qui sabote le projet — l'Iran, les Houthis en mer Rouge, les milices qui rendent la Jordanie nerveuse — révèle sa véritable priorité : empêcher que le Moyen-Orient devienne prospère, parce qu'un Moyen-Orient prospère n'a plus besoin de la cause palestinienne comme carburant.
C'est là la victoire stratégique la plus sous-estimée de la décennie.
## L'angle que personne ne souligne
On présente IMEC comme un projet économique. C'est d'abord un projet théologique inversé. Pendant des siècles, la géographie fut l'argument des adversaires du sionisme : ce territoire serait trop étroit, trop pauvre, trop hostile pour porter un État. IMEC retourne l'argument. Ce qui faisait la vulnérabilité d'Israël — être un couloir entre trois continents, éternel champ de bataille des empires — deviendrait sa rente et sa protection.
Et voici l'implication que les chancelleries n'ont pas encore digérée : si Haïfa devient le port d'entrée de l'Europe, alors l'Europe n'a plus les moyens politiques de traiter Israël en paria. Les États qui reconnaissent aujourd'hui des États virtuels devront demain négocier des tarifs douaniers réels. Le sionisme n'a pas seulement besoin d'avocats. Il a besoin de rails.