IMEC : le corridor Inde-Israël, l'arme la plus silencieuse de Jérusalem
Pendant que le monde débat de résolutions à l'ONU, un projet de corridor commercial entre l'Inde, le Golfe et l'Europe est en train de faire d'Israël un point de passage obligé de l'économie mondiale. C'est peut-être la meilleure garantie de sécurité que l'État juif ait obtenue depuis Camp David.
## Les faits
Le projet IMEC — *India-Middle East-Europe Economic Corridor* — vise à relier l'Inde à l'Europe par une combinaison de routes maritimes et de voies ferrées traversant les Émirats, l'Arabie saoudite, la Jordanie et Israël, avec Haïfa comme débouché méditerranéen. Annoncé en marge du G20 de 2023, il est resté largement hors des radars médiatiques depuis le 7 octobre. Comme le souligne la JTA, c'est "la plus grande histoire du Moyen-Orient dont personne ne parle" : un corridor capable de transformer Israël en cheville ouvrière du commerce international — à condition que la région cesse de se battre.
## Notre analyse
Il faut mesurer ce que cela signifie. Depuis 1948, les ennemis d'Israël ont toujours misé sur la même hypothèse : l'État juif est un corps étranger, isolable, boycottable, contournable. Le BDS repose entièrement sur cette idée. IMEC la détruit. Un pays par lequel transitent les conteneurs indiens vers l'Europe n'est plus contournable : il devient un intérêt vital pour New Delhi, pour Abou Dhabi, pour Riyad, pour Bruxelles.
C'est là la victoire stratégique la plus sous-estimée de la décennie. Les accords d'Abraham ont créé une paix diplomatique ; IMEC créerait une paix *structurelle*, celle où nuire à Israël coûte cher à ses voisins. À l'inverse, chaque acteur qui sabote le projet — l'Iran, les Houthis en mer Rouge, les milices qui rendent la Jordanie nerveuse — révèle sa véritable priorité : empêcher que le Moyen-Orient devienne prospère, parce qu'un Moyen-Orient prospère n'a plus besoin de la cause palestinienne comme carburant.
## L'angle que personne ne souligne
On présente IMEC comme un projet économique. C'est d'abord un projet théologique inversé. Pendant des siècles, la géographie fut l'argument des adversaires du sionisme : ce territoire serait trop étroit, trop pauvre, trop hostile pour porter un État. IMEC retourne l'argument. Ce qui faisait la vulnérabilité d'Israël — être un couloir entre trois continents, éternel champ de bataille des empires — deviendrait sa rente et sa protection.
Et voici l'implication que les chancelleries n'ont pas encore digérée : si Haïfa devient le port d'entrée de l'Europe, alors l'Europe n'a plus les moyens politiques de traiter Israël en paria. Les États qui reconnaissent aujourd'hui des États virtuels devront demain négocier des tarifs douaniers réels. Le sionisme n'a pas seulement besoin d'avocats. Il a besoin de rails.