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Société

Interdire le voile : le débat européen que les Juifs ne peuvent pas regarder de loin

L'Express décrit des débats « de plus en plus brûlants » sur l'interdiction du voile à travers l'Europe. Les Juifs d'Europe connaissent l'islamisme mieux que quiconque. Ils savent aussi qu'une loi écrite au nom de la « neutralité » finit toujours par frapper la kippa.

12/09/2026·Source : L'Express

L'Express consacre une enquête aux débats sur l'interdiction du voile en Europe, et son constat tient en un mot : ils deviennent « de plus en plus brûlants ». D'un pays à l'autre, la question de la visibilité de l'islam dans l'espace public s'installe au centre de la vie politique. Nous n'avons pas eu accès au détail de l'article, et nous ne prétendrons pas le résumer. Mais la tendance qu'il décrit, les Juifs d'Europe la vivent de l'intérieur, et ils ont une raison précise de ne pas la regarder en spectateurs.

Commençons par ce que ce débat dit vraiment. Quand une société européenne se déchire sur le voile, elle ne parle pas de tissu : elle parle de l'islam politique, de sa progression et de la peur qu'il inspire. Or les Juifs sont, partout sur le continent, les premiers à en payer le prix. Les synagogues gardées, les écoles juives sous protection, la kippa que l'on glisse dans la poche avant de sortir : tout cela existait avant que le voile ne devienne un sujet de campagne. Il serait donc absurde que la communauté juive fasse semblant de ne pas comprendre l'inquiétude qui monte. Elle la partage, et elle l'a exprimée bien avant les autres.

Mais c'est précisément là que se cache le piège. Un législateur européen qui veut répondre à l'islamisme se heurte à un problème de plume : il n'ose pas écrire ce qu'il vise. Nommer une idéologie, c'est s'exposer à l'accusation de discrimination. Alors on écrit « signes religieux », « tenues ostentatoires », « neutralité de l'espace public ». Le texte devient symétrique, donc présentable. Et ce texte symétrique attrape, dans le même filet, la kippa, le sheitel, les tsitsit qui dépassent d'une chemise. L'Europe a déjà donné, sur d'autres sujets touchant aux pratiques religieuses, la démonstration de ce mécanisme : une inquiétude légitime face à l'islam radical se traduit par une règle générale, et ce sont des Juifs qui se retrouvent devant un tribunal ou une administration à justifier des gestes millénaires.

Le résultat est une inversion cruelle. Les premières victimes de l'islamisme deviennent les dommages collatéraux de la réponse à l'islamisme. Et l'on entend alors, dans une partie de la communauté, une tentation compréhensible mais dangereuse : accepter la contrainte pour soi, au nom de l'intérêt général, en se disant que quelques centimètres de tissu ne valent pas une bataille. C'est une erreur. Une communauté qui renonce à être visible pour que l'État puisse frapper un autre groupe sans le nommer n'achète pas sa sécurité : elle valide le principe selon lequel la présence juive dans la rue est négociable.

D'où le test que nous proposons, et que personne ne formule dans ce débat. Chaque projet de loi sur le voile, dans chaque parlement européen, devrait passer une épreuve simple : une fois voté, un Juif peut-il encore marcher jusqu'à sa synagogue tête couverte, sans dérogation, sans plaidoyer, sans qu'un fonctionnaire ait à décider si sa kippa est « ostensible » ? Si la réponse est non, le texte ne combat pas l'islamisme, il désarme la seule minorité qui n'a jamais menacé personne.

Et s'il fallait retenir une leçon de ces débats brûlants, ce serait celle-ci : l'Europe qui refuse de distinguer une foi d'une idéologie de conquête est la même Europe qui peine à distinguer un Juif d'un conflit au Proche-Orient. Dans les deux cas, le refus de nommer produit la même chose : l'innocent paie pour le coupable. Exiger que l'ennemi soit nommé n'est pas une faveur faite aux Juifs. C'est la condition pour que la réponse porte enfin sur la bonne cible.

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