Soixante-dix-huit ans après avoir failli déclencher une guerre civile juive, le navire d'armes de l'Irgoun refait surface — non pas des profondeurs de la Méditerranée, mais au cœur de la campagne électorale israélienne. Et ce que sa redécouverte révèle dépasse de loin l'archéologie.
L'annonce est tombée lundi : l'épave de l'Altalena a été localisée à environ 500 mètres de profondeur, à une vingtaine de kilomètres des côtes de Tel Aviv. C'est Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, et Amichai Eliyahu, ministre du Patrimoine, tous deux d'Otzma Yehudit, qui ont publié la découverte — sans même en informer au préalable Benyamin Netanyahou ni le ministre de la Défense Israël Katz, selon les médias israéliens. Le détail dit tout : à deux mois des élections du 27 octobre, l'épave n'est pas une relique. C'est une arme électorale.
Rappel des faits pour ceux qui ont oublié pourquoi ce navire hante Israël. En juin 1948, un mois après la création de l'État, l'Altalena arrive de France avec environ 900 immigrants juifs et une cargaison d'armes achetées par l'Irgoun de Menahem Begin. Begin exige 20 % des armes pour ses hommes à Jérusalem ; David Ben Gourion, lui, exige que toutes les forces armées passent sous l'autorité de l'État naissant. L'affrontement fait dix-neuf morts — seize membres de l'Irgoun, trois soldats de Tsahal — et le navire, touché par un obus, brûle au large de Tel Aviv avant d'être coulé délibérément un an plus tard.

