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Israël

L'Altalena retrouvée : quand une épave de 1948 devient l'arbitre des élections de 2026

Soixante-dix-huit ans après avoir failli déclencher une guerre civile juive, le navire d'armes de l'Irgoun refait surface — non pas des profondeurs de la Méditerranée, mais au cœur de la campagne électorale israélienne. Et ce que sa redécouverte révèle dépasse de loin l'archéologie.

28/08/2026·Source : JTA

L'annonce est tombée lundi : l'épave de l'Altalena a été localisée à environ 500 mètres de profondeur, à une vingtaine de kilomètres des côtes de Tel Aviv. C'est Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, et Amichai Eliyahu, ministre du Patrimoine, tous deux d'Otzma Yehudit, qui ont publié la découverte — sans même en informer au préalable Benyamin Netanyahou ni le ministre de la Défense Israël Katz, selon les médias israéliens. Le détail dit tout : à deux mois des élections du 27 octobre, l'épave n'est pas une relique. C'est une arme électorale.

Rappel des faits pour ceux qui ont oublié pourquoi ce navire hante Israël. En juin 1948, un mois après la création de l'État, l'Altalena arrive de France avec environ 900 immigrants juifs et une cargaison d'armes achetées par l'Irgoun de Menahem Begin. Begin exige 20 % des armes pour ses hommes à Jérusalem ; David Ben Gourion, lui, exige que toutes les forces armées passent sous l'autorité de l'État naissant. L'affrontement fait dix-neuf morts — seize membres de l'Irgoun, trois soldats de Tsahal — et le navire, touché par un obus, brûle au large de Tel Aviv avant d'être coulé délibérément un an plus tard.

Ce qui se joue aujourd'hui est fascinant : Netanyahou et Ben Gvir tirent de la même épave deux leçons opposées. Le Premier ministre, au musée Etzel de Tel Aviv, a salué Begin qui « a arrêté le combat » et évité la guerre civile — « Nous sommes frères. Rivaux politiques, oui, mais frères » — pour appuyer sa promesse de « large gouvernement national ». Ben Gvir, lui, en fait le symbole de la marginalisation historique de la droite, se comparant à Begin persécuté : la découverte referme, dit-il, « une plaie ouverte ». Le chercheur Udi Lebel, de l'université Bar-Ilan, le résume sans détour : « Il n'y a pas d'ethos plus mobilisateur à droite que l'Altalena. »

Mais voici la lecture que personne ne fait. L'Altalena est le mythe fondateur du mamlakhtiout — la primauté de l'État sur les factions. Or les deux hommes qui l'invoquent en 2026 inversent chacun son sens. Netanyahou transforme la leçon de Ben Gourion (l'État avant tout) en appel à l'unité fraternelle qui gomme son propre rôle dans la polarisation du pays. Ben Gvir, héritier politique de Meir Kahane — que Begin lui-même avait ostracisé —, ose se draper dans le manteau de celui qui, précisément, avait refusé la sécession armée. La retenue de Begin en 1948 est l'exact contraire du style Ben Gvir en 2026.

Et c'est là le vrai signal pour nos communautés : après Gaza, après l'Iran, Israël entre en campagne non pas sur la sécurité ou l'économie, mais sur la mémoire — sur qui a le droit de raconter 1948. Lebel note d'ailleurs que le gouvernement n'a produit aucune preuve photographique claire de la découverte, et qu'aucun expert naval américain n'a été sollicité. Peu importe, au fond : l'épave sert déjà. Un pays qui se dispute son passé avec cette intensité est un pays qui n'a pas encore choisi son avenir. La leçon de l'Altalena — l'unité juive avant la victoire factieuse — reste, elle, tragiquement d'actualité.

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