Le Festival d'Israël se tiendra sans artistes étrangers : le boycott culturel a gagné une bataille, pas la guerre
Privé de ses invités internationaux depuis le 7-Octobre, le plus ancien festival artistique israélien ouvrira quand même. Ce n'est pas un fait divers culturel : c'est la preuve que le BDS a changé de terrain — et que la scène israélienne, elle, n'a pas plié.
Le Festival d'Israël, institution née en 1961 à Jérusalem, se tiendra cette année sans aucun artiste étranger. Depuis le 7 octobre 2023, les annulations se sont enchaînées : compagnies, metteurs en scène, musiciens venus d'Europe et d'Amérique du Nord ont renoncé à faire le voyage. Certains invoquent la sécurité, beaucoup ne s'en cachent plus : c'est un boycott politique. Le festival maintient sa programmation, entièrement israélienne.
Disons-le clairement : c'est une victoire tactique pour le mouvement BDS, et il faut la nommer pour la comprendre. Pendant vingt ans, le boycott culturel a échoué à isoler Israël ; les grandes tournées continuaient d'y passer. Ce qui a changé après le 7-Octobre, ce n'est pas la force des arguments du BDS, c'est le coût social pour un artiste occidental d'accepter une date à Jérusalem. Le calcul n'est plus moral, il est réputationnel. On ne boycotte pas Israël par conviction : on le boycotte pour ne pas avoir à s'expliquer sur Instagram.
Et c'est précisément là que réside la perversité de l'affaire. Le massacre du 7-Octobre, le plus grand pogrom depuis la Shoah, aurait dû produire un élan de solidarité artistique. Il a produit l'inverse : la victime est devenue infréquentable. Un pays qui enterrait ses enfants s'est vu retirer, dans la foulée, le droit d'accueillir un quatuor à cordes. Cette inversion mérite d'être regardée en face, parce qu'elle en dit plus long sur l'état moral d'une partie du milieu culturel occidental que sur Israël.
Mais voici l'angle que personne ne souligne. Un festival amputé de ses invités étrangers devient mécaniquement une vitrine intégrale de la création israélienne : danse contemporaine, théâtre en hébreu et en arabe, musique mizrahi, jeunes compagnies qui n'avaient jamais eu la scène principale. Le boycott, en voulant assécher, a libéré de l'espace. C'est exactement ce qui s'est produit dans l'histoire juive à chaque fermeture de porte : l'exclusion des universités a fabriqué des écoles juives, l'exclusion des orchestres européens a fabriqué, en 1936, l'Orchestre philharmonique de Palestine.
La vraie question n'est donc pas de savoir si des artistes étrangers reviendront — ils reviendront, la mode passera. Elle est de savoir si Israël aura, entre-temps, cessé de mendier leur validation. Un pays qui produit sa culture pour lui-même, sans quémander l'onction d'un jury bruxellois, est un pays plus souverain. Le boycott espérait humilier ; il est en train de nous rendre autonomes.
À Jérusalem cette année, le rideau se lèvera quand même. C'est déjà une réponse.