« Les caisses sont vides » : l'aveu d'Eyal Zamir qui devrait inquiéter plus que n'importe quelle menace extérieure
Le chef d'état-major de Tsahal le dit sans détour : le manque de budget « porte atteinte à la préparation » de l'armée, au moment même où elle est mobilisée de l'Iran au Liban en passant par Gaza. Quand le soldat le plus gradé d'Israël parle d'argent en pleine évaluation opérationnelle, ce n'est pas de la comptabilité — c'est un signal d'alarme stratégique.
Jeudi, lors d'une évaluation de la situation sur les différents théâtres d'opérations, le général Eyal Zamir a prononcé une phrase qu'aucun chef d'état-major ne prononce à la légère : « Nous devons faire face à des caisses vides. Une telle situation porte atteinte à la préparation de Tsahal. » L'homme qui commande l'armée d'Israël, engagée simultanément « de l'Iran au Liban en passant par Gaza », vient de dire publiquement que le nerf de la guerre fait défaut.
Le contexte rend l'aveu encore plus lourd. Face aux tensions en Judée-Samarie et à l'approche des fêtes juives, Zamir a ordonné de relever le niveau de préparation du quartier général d'une division régulière supplémentaire, et demandé que des unités et des bataillons puissent être déployés immédiatement en renfort. « Tsahal, dans toutes ses composantes, restera en état d'alerte maximal et sur plusieurs fronts pendant la période des fêtes », a-t-il assuré, en précisant qu'aucune réduction des effectifs opérationnels n'était prévue. Autrement dit : l'armée fait plus, avec moins.
Ce que révèle cette sortie, c'est d'abord un choix de méthode. Un chef d'état-major dispose de canaux discrets pour réclamer des moyens : les commissions de la Knesset, les arbitrages avec le ministère des Finances, les notes classifiées. S'il choisit la parole publique, c'est que les canaux discrets ont échoué. Zamir a d'ailleurs reconnu être « engagé dans une bataille qui concerne aussi le budget » — une bataille, le mot est de lui. Et sa dernière phrase, affirmant que l'armée « ne se laisserait pas entraîner dans des sujets susceptibles de détourner son attention », dit en creux que quelqu'un essaie précisément de l'y entraîner.
Pour les ennemis d'Israël, chaque mot de ce communiqué est une information gratuite. Téhéran, le Hezbollah et le Hamas lisent la même dépêche que nous : l'armée israélienne est étirée sur tous les fronts et son propre commandant juge sa préparation « affectée ». Voilà pourquoi cet aveu, aussi nécessaire soit-il en démocratie, a un coût stratégique immédiat — et pourquoi il fallait qu'il soit vraiment à bout d'arguments pour le formuler.
Mais l'angle que presque personne ne souligne est ailleurs. Depuis le 7 octobre, Israël a réappris une vérité ancienne : la dissuasion ne repose pas seulement sur les capacités, elle repose sur la disponibilité. Des avions sans heures de vol, des divisions sans budget d'entraînement, des réservistes épuisés — c'est exactement le type d'érosion invisible qui précède les surprises stratégiques. La force d'Israël n'a jamais été son abondance de moyens : c'est sa capacité à financer la vigilance dans la durée, entre les guerres, quand l'opinion regarde ailleurs.
La question posée par Zamir dépasse donc largement une ligne budgétaire : une société en guerre sur plusieurs fronts peut-elle se permettre de traiter son armée comme une variable d'ajustement ? Le jour où un chef d'état-major doit plaider publiquement pour ses caisses pendant que ses soldats tiennent trois fronts, le problème n'est plus militaire. Il est politique — et c'est aux Israéliens, pas à Tsahal, d'exiger qu'il soit réglé avant que l'ennemi ne teste la réponse.