Lisbonne : ils boycottent Jerry Seinfeld, mais c'est le public qui tranchera
Une dizaine d'artistes portugais désertent un festival d'humour parce que Jerry Seinfeld, tête d'affiche, soutient Israël. Les organisateurs tiennent bon, la MEO Arena affiche ses billets jusqu'à 250 euros — et cette affaire dit quelque chose de nouveau : le boycott culturel anti-israélien commence à coûter plus cher à ceux qui le pratiquent qu'à ceux qu'il vise.
La première édition du Lisbon International Humour Festival — Commedia a La Carte Fest — devait être une fête. Elle est devenue un révélateur. À l'approche de l'événement, prévu du 29 octobre au 1er novembre, plusieurs artistes portugais ont annoncé leur retrait : l'actrice Inês Aires Pereira, qui a annulé son spectacle « Namastê » en dénonçant, sans le nommer, « l'un des noms » qui « défend avec insistance des idées et des actes » qu'elle juge « indéfendables » ; le duo Cebola Mol, qui a accompagné son annonce d'une image de pastèque, symbole de la cause palestinienne ; puis le concert « Tributo Pop », le groupe Conjunto Cuca Monga, l'humoriste Pedro Tochas et l'artiste Vhils.
La cible de cette cascade de défections : Jerry Seinfeld, tête d'affiche du festival. Son crime ? Depuis le massacre du 7 octobre 2023, l'humoriste américain assume publiquement son soutien à Israël. Deux mois après l'attaque, il s'est rendu sur place pour rencontrer des familles d'otages. Il a exprimé son soutien à Tsahal, et comparé récemment le mouvement « Free Palestine » au Ku Klux Klan, estimant que ses militants dissimulaient leur hostilité envers les Juifs.
Regardons ce que les artistes démissionnaires reprochent exactement à Seinfeld : rencontrer des familles d'otages et refuser qu'on maquille la haine des Juifs en cause progressiste. Voilà ce qui est devenu « indéfendable » dans une partie du monde culturel européen. Notons aussi que la plupart des artistes retirés n'ont même pas précisé publiquement leurs raisons : le boycott fonctionne désormais par mimétisme, pas par conviction argumentée. On se retire parce que les autres se retirent, parce que rester coûterait socialement trop cher.
Sauf que cette affaire marque peut-être un tournant, et pas celui que croient les boycotteurs. Les organisateurs n'ont pas cédé : Seinfeld reste en tête d'affiche, son spectacle est maintenu le 1er novembre à la MEO Arena, la plus grande salle du Portugal, avec des billets vendus entre 60 et 250 euros. Autrement dit, entre une poignée d'humoristes locaux et la star mondiale qui remplit les arénas, le marché a tranché. Le schéma s'était déjà vérifié à Duke en mai 2024, quand des étudiants avaient quitté sa remise de diplômes, et à Sydney, quand des militants avaient interrompu son spectacle : à chaque fois, Seinfeld est resté, le public aussi.
C'est la leçon que la presse généraliste ne tire pas : le boycott culturel anti-israélien ne fonctionne que contre les faibles. Contre un artiste établi, aimé, économiquement incontournable, il se retourne en publicité gratuite — et expose ceux qui le pratiquent. Les places libérées par les partants seront comblées ; les 20 000 spectateurs de la MEO Arena, eux, ne se remplacent pas.
Et si, finalement, c'était cela le vrai service rendu par les boycotteurs de Lisbonne : démontrer que la solidarité avec Israël n'est plus une position marginale qu'on peut faire taire par la pression sociale, mais un choix que les plus grands noms de la culture assument — et que le public suit ? Chaque artiste qui claque la porte pour punir un Juif de soutenir les siens rappelle une chose : la peur a commencé à changer de camp, et elle ne reviendra pas sur simple image de pastèque.