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France

« Même le cancer du sein » : quand l'étiquette « sioniste » s'étend jusqu'à l'absurde, elle se vide

Selon Radio J, Shannon Seban reproche à Mathilde Panot de voir du sionisme jusque dans la lutte contre le cancer du sein. On en sait encore peu. Mais une accusation qui atteint une cause de santé ne décrit plus un adversaire : elle le marque, et elle s'use.

·Source : RadioJ

Radio J rapporte une prise de position de Shannon Seban visant Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale. Le reproche tient en une formule : pour la députée insoumise, « même la lutte contre le cancer du sein est sioniste ». À l'heure où nous écrivons, nous ne disposons que de ce titre. Nous ne connaissons ni les propos exacts de Mathilde Panot, ni le contexte qui les a provoqués, ni la forme précise de la réponse de Shannon Seban. Prudence, donc, sur les détails. Mais la formule elle-même mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle dit quelque chose que l'on observe depuis longtemps.

Le mot « sioniste », dans une partie de la gauche française, n'est plus un terme politique. Il ne désigne plus l'idée qu'un peuple a droit à un État sur sa terre. Il sert de marqueur : on l'applique à une personne, à une association, à une initiative, et il suffit à la disqualifier. Nul besoin d'argumenter. Le mot fait le travail. Et quand il atteint, selon Shannon Seban, une cause comme la lutte contre le cancer du sein, le mécanisme se montre à nu : ce qui est visé n'est pas une politique, c'est une appartenance.

Le mot « sioniste », dans une partie de la gauche française, n'est plus un terme politique.

Les Juifs connaissent ce mécanisme. Pendant des siècles, tout ce que touchait un Juif devenait suspect : son commerce, sa médecine, son argent, sa science. Aujourd'hui, l'adjectif a changé, l'opération reste la même. Un hôpital, une campagne de dépistage, une association de malades peuvent se retrouver « sionistes » dès lors qu'un Juif, ou un lien avec Israël, apparaît dans le tableau. C'est précisément pour cela que la protestation de Shannon Seban dépasse le duel entre deux femmes politiques : elle décrit ce que vivent beaucoup de Juifs de France dans leur travail, leur école, leur engagement associatif.

Il y a pourtant dans cette affaire une raison de tenir, et même de sourire. Une étiquette qui s'étend à tout finit par ne plus rien dire. Lorsque « sioniste » peut qualifier une lutte contre une maladie qui frappe des femmes de toutes origines, de toutes religions et de tous bords, le mot cesse d'être une arme : il devient un aveu. Il révèle l'obsession de celui qui le prononce bien plus qu'il ne salit celui qu'il désigne. Et il expose à tous, y compris à ceux qui n'ont aucune sympathie particulière pour Israël, le fond de l'affaire : la haine qui se cache sous l'antisionisme ne connaît pas de limite, pas même celle de la santé des femmes.

C'est là l'ouverture que nous voulons proposer. Et si, au lieu de craindre l'étiquette, nous l'acceptions comme un compliment ? Si soigner, dépister, chercher, c'est « sioniste », alors le sionisme a de beaux jours devant lui. La tradition juive place la préservation de la vie, pikouah nefesh, au-dessus de presque tous les commandements. Un peuple dont on dit qu'il met son nom jusque sur la lutte contre le cancer n'a pas à rougir. Il a à continuer. Religieux ou laïcs, à Paris, à Sarcelles ou à Tel-Aviv, nous pouvons tous nous reconnaître dans ce « sionisme »-là : celui qui tient à la vie, et qui ne demande à personne la permission de la défendre.

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