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Culture

« NAZA » à Venise : quand le calcul des victimes devient la preuve du crime

Ovationné 25 minutes à la Mostra, le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor accuse Tsahal d'avoir « calculé à l'avance » ses victimes civiles. Sauf que ce calcul porte un nom en droit de la guerre : la proportionnalité. Le film ne juge pas Israël, il met en accusation la seule règle qui distingue une armée d'une milice.

11/09/2026·Source : JTA

Jeudi, la Mostra de Venise s'est levée pendant 25 minutes pour « NAZA ». Le documentaire de 80 minutes des Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, seul documentaire parmi les 21 films en compétition pour le Lion d'or, compile les témoignages de 24 soldats israéliens interrogés pendant trois ans, la plupart officiers de renseignement ayant travaillé à distance, identités dissimulées, filmés de nuit sur des toits de Tel Aviv. Leur récit : la surveillance, la sélection des cibles, et des frappes décidées en sachant que des civils mourraient.

Le titre est le programme. « NAZA » est l'acronyme militaire hébreu pour « dommages collatéraux » : les civils dont la mort est anticipée lors d'une attaque contre un objectif militaire. Dans la revue de gauche +972, les réalisateurs expliquent que leur film décrit un système où les morts civiles étaient « calculées à l'avance » plutôt que subies comme conséquences imprévues. Un officier y déclare : « Vous comprenez que l'objectif est de détruire. »

Tsahal a répondu point par point. L'armée « rejette catégoriquement l'affirmation d'une quelconque politique visant à tuer des dizaines de milliers de personnes dans leurs maisons », selon un communiqué relayé par le Guardian. Chaque cible fait l'objet d'une évaluation de l'avantage militaire attendu et des dommages collatéraux probables ; une frappe n'a pas lieu si le préjudice civil anticipé est excessif ; les systèmes de renseignement décrits sont des outils pour analystes, non des machines à désigner des cibles ; une validation humaine indépendante précède toute action. Et le Hamas installe ses combattants et ses moyens au milieu des civils.

Voilà le renversement que personne sur le Lido n'a relevé. Ce que le film présente comme l'aveu du crime — « on savait combien de civils mourraient » — est très exactement ce que le droit de la guerre exige d'une armée. Le principe de proportionnalité impose d'estimer les dommages collatéraux avant de frapper. L'armée qui ne calcule pas est celle qui commet des crimes de guerre ; celle qui calcule est celle qui applique la loi. En faisant du calcul lui-même la pièce à conviction, « NAZA » ne dénonce pas une dérive israélienne : il met en accusation la règle qui distingue une armée d'une milice. Tsahal le dit sobrement : le film sort de leur contexte des considérations militaires conventionnelles sur l'utilité d'une cible face aux dommages qu'elle entraîne.

Il faut aussi regarder qui parle. Abraham et Szor sont les auteurs de « No Other Land », Oscar du documentaire 2025, consacré à la Judée-Samarie. Le Guardian a coproduit « NAZA » — le même journal qui avait publié les enquêtes préalables et qui relaie aujourd'hui la réponse de l'armée : producteur, enquêteur et chroniqueur à la fois. Jonathan Glazer, dont le discours aux Oscars 2024 liait « La Zone d'intérêt » à Gaza, est producteur exécutif. Et parmi les sept jurés siège la Tunisienne Kaouther Ben Hania, dont « The Voice of Hind Rajab » avait reçu l'an dernier le Grand Prix du jury après 23 minutes d'ovation, alors un record. Il est battu : 25 minutes. Venise applaudit chaque année un peu plus longtemps le même procès.

Les réalisateurs affirment viser « vers l'intérieur, la société israélienne ». Les réactions israéliennes rapportées par la JTA disent le contraire : un combattant de Gaza, du Liban et de Syrie affirme qu'il n'y a « jamais eu de situation où des familles entières ont été tuées intentionnellement » et dénonce la calomnie de « centaines de milliers de combattants ». Le public visé ne s'y reconnaît pas. Le film a été tourné à Tel Aviv, mais il a été fait pour le Lido.

Reste le précédent. Si l'estimation préalable des victimes civiles devient une preuve d'intention criminelle, aucune armée qui a frappé une ville en appliquant la proportionnalité n'y échappera demain. Israël n'est que le cas d'école. Ce que Venise ovationne, ce n'est pas la fin d'une guerre : c'est la fin d'une règle.

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