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Société

Noa'h : la terre était remplie de « 'hamas », et un homme a construit

La Torah le dit avec un mot que tout le monde reconnaît aujourd'hui : avant le déluge, la terre était remplie de « 'hamas », de violence. Sa réponse n'est ni la fuite ni la vengeance. C'est un homme qui construit pendant cent vingt ans, une colombe qui choisit une feuille amère, et un arc-en-ciel pour toutes les nations.

Ce Chabbat, on lit la deuxième parasha de l'année. Bereshit s'achevait sur un Dieu qui regrette d'avoir fait l'homme. Noa'h s'ouvre sur un seul homme, « juste et intègre dans sa génération » (Genèse 6, 9), et sur un diagnostic en un verset : « La terre s'était corrompue devant Dieu, et la terre était remplie de violence » (Genèse 6, 11). Violence, en hébreu, se dit 'hamas. Il faut le dire sans jouer sur les mots. Le nom de l'organisation qui a attaqué Israël le 7 octobre 2023 est un acronyme arabe, qui n'a rien à voir avec l'hébreu. Mais le mot du verset, lui, désigne depuis trois mille ans exactement ce que le verset décrit. Rachi le précise : 'hamas, c'est le vol, le fort qui prend au faible. Et le Talmud (Sanhédrin 108a) enseigne que le sort de cette génération n'a été scellé que pour cela. Pas pour l'idolâtrie, pas pour le blasphème. Pour un monde où l'on prend à l'autre ce qui est à lui. Que fait Noa'h, dans un monde pareil ? Il construit. Rachi (sur Genèse 6, 14) pose la question qui dérange : Dieu avait mille façons de sauver un homme, pourquoi lui imposer un chantier de cent vingt ans ? Pour que les gens passent, demandent ce qu'il fabrique, et qu'il réponde. L'arche n'est pas un abri, c'est un message en plein jour, sous les moqueries. La Torah ne cache pas non plus la limite de cet homme. Les Sages se disputent sur « dans sa génération » : éloge, car il est resté juste au milieu des corrompus, ou réserve, car dans la génération d'Abraham il n'aurait été personne. Abraham plaidera pour Sodome. Noa'h ne plaide pour personne. Le texte garde les deux : le juste qui construit, et le juste qui ne sauve que les siens. Puis les eaux redescendent, et vient l'image que tout le monde a en tête. La colombe revient « une feuille d'olivier arrachée dans le bec » (Genèse 8, 11). Pourquoi une feuille d'olivier, amère ? Rachi cite le Talmud (Erouvin 18b) : la colombe dit à Dieu, mieux vaut une nourriture amère comme l'olive de Ta main, que douce comme le miel de la main d'un homme. C'est la première leçon d'indépendance de la Torah. Et ce n'est pas un hasard si l'emblème de l'État d'Israël encadre la menora de deux branches d'olivier. Enfin l'arc-en-ciel. « Mon arc, je l'ai placé dans la nuée, il sera le signe de l'alliance entre moi et la terre » (Genèse 9, 13). La première alliance de la Torah n'est pas conclue avec Israël. Elle est conclue avec toute l'humanité, avec « toute chair ». Et les sept lois données à Noa'h sont la réponse de la Torah au 'hamas : non pas une loi pour les Juifs, mais une loi pour toutes les nations, à commencer par « tu ne voleras pas » et « tu ne tueras pas ». Trois ans après un 7 octobre où le mot du verset était un nom, le peuple juif a fait ce que fait Noa'h. Il a construit, en plein jour. Les kibboutzim de l'enveloppe de Gaza se relèvent, maison après maison, et les familles y reviennent. En France, les communautés ont rouvert les écoles et les synagogues le lendemain de chaque attaque. Et comme la colombe, on a choisi la feuille amère : tenir debout par soi-même plutôt que de dépendre de la douceur des autres. La parasha finit par Babel : « toute la terre avait une seule langue et des mêmes mots » (Genèse 11, 1), et Dieu disperse. L'uniformité n'est pas la paix. La paix de la Torah, c'est l'arc-en-ciel : toutes les couleurs, dans le même ciel. Chabbat chalom.

Le texte garde les deux : le juste qui construit, et le juste qui ne sauve que les siens.
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