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« Prendre le risque » : en banlieue parisienne, des Juifs ne demandent plus une protection, ils font un pari

Un quotidien suisse, 24 Heures, est allé écouter des Juifs de banlieue parisienne qui disent voter Bardella « malgré tout ». On en sait encore peu sur ces témoignages. Mais le verbe qu'ils choisissent, « prendre le risque », dit une chose que la presse ne lit jamais : ces électeurs ne fuient pas, ils pèsent.

·Source : 24 Heures

Les faits tiennent en un titre et une citation. 24 Heures, quotidien de Lausanne, publie un reportage intitulé « Je suis prêt à prendre le risque » : ces juifs de banlieue parisienne qui choisissent Bardella malgré tout. Nous n'avons pas eu accès au détail des témoignages, et nous ne prêterons donc à personne des mots qu'il n'a pas prononcés. Mais le titre seul pose déjà deux choses : il existe, en banlieue parisienne, des Juifs qui disent voter pour Jordan Bardella, et ils le disent en sachant parfaitement ce que le « malgré tout » recouvre.

Arrêtons-nous sur le mot. Quand la presse généraliste décrit des Juifs qui se tournent vers le Rassemblement national, elle emploie presque toujours le vocabulaire de la peur : des gens effrayés, poussés, acculés. « Je suis prêt à prendre le risque » dit exactement l'inverse. On ne parle pas de risque quand on fuit. On parle de risque quand on a comparé des offres, pesé un passé contre un présent, et décidé. C'est le langage d'un acteur, pas d'une victime. Celui qui le prononce assume que son choix peut se révéler mauvais, et il le fait quand même, les yeux ouverts.

Disons aussi, avec la même honnêteté, que pour beaucoup de Juifs de France ce choix reste impossible, et que leurs raisons sont tout aussi légitimes : l'histoire du parti, la méfiance envers ce qu'un vote peut normaliser, le refus de donner un chèque en blanc. Mais regardons ce que ces deux électeurs ont en commun. Le Juif de banlieue qui vote Bardella « malgré tout » et celui qui s'y refuse « malgré tout » partent de la même inquiétude et formulent la même exigence : pouvoir vivre, prier, envoyer ses enfants à l'école et rentrer le soir dans la ville où l'on est né. Ils diffèrent sur le moyen, jamais sur la fin. Aucun des deux n'est un traître, aucun des deux n'est un naïf. Ils sont le même peuple devant la même urne.

C'est là que le « malgré tout » change de sens. Un vote accordé « malgré tout » n'est pas une adhésion, c'est un crédit. Et un crédit se rembourse. Midbar juge chaque acteur sur ce qu'il fait pour la sécurité et la dignité des Juifs, jamais sur son étiquette ni sur ce que la presse dit de lui. La lecture vaut dans les deux sens : ce que ces électeurs offrent à Jordan Bardella n'est pas un acquis, c'est une dette. Elle se paiera en actes, en votes, en alliances, ou elle ne se paiera pas, et le crédit sera retiré aussi lucidement qu'il a été consenti.

La lecture vaut dans les deux sens : ce que ces électeurs offrent à Jordan Bardella n'est pas un acquis, c'est une dette.

Reste un détail que personne ne souligne : c'est un journal de Lausanne qui a fait le déplacement. Les Juifs de banlieue parisienne, longtemps traités comme un dossier de sécurité, sont devenus un sujet politique que l'on vient observer depuis l'étranger. On les interroge, on les cite, on cherche à comprendre leur calcul. Être un enjeu plutôt qu'une plainte, voilà peut-être la vraie nouvelle. Un peuple qui dit « je prends le risque » a cessé de subir : il négocie, et il attend des comptes.

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