Un quotidien suisse, 24 Heures, est allé écouter des Juifs de banlieue parisienne qui disent voter Bardella « malgré tout ». On en sait encore peu sur ces témoignages. Mais le verbe qu'ils choisissent, « prendre le risque », dit une chose que la presse ne lit jamais : ces électeurs ne fuient pas, ils pèsent.
Les faits tiennent en un titre et une citation. 24 Heures, quotidien de Lausanne, publie un reportage intitulé « Je suis prêt à prendre le risque » : ces juifs de banlieue parisienne qui choisissent Bardella malgré tout. Nous n'avons pas eu accès au détail des témoignages, et nous ne prêterons donc à personne des mots qu'il n'a pas prononcés. Mais le titre seul pose déjà deux choses : il existe, en banlieue parisienne, des Juifs qui disent voter pour Jordan Bardella, et ils le disent en sachant parfaitement ce que le « malgré tout » recouvre.
Arrêtons-nous sur le mot. Quand la presse généraliste décrit des Juifs qui se tournent vers le Rassemblement national, elle emploie presque toujours le vocabulaire de la peur : des gens effrayés, poussés, acculés. « Je suis prêt à prendre le risque » dit exactement l'inverse. On ne parle pas de risque quand on fuit. On parle de risque quand on a comparé des offres, pesé un passé contre un présent, et décidé. C'est le langage d'un acteur, pas d'une victime. Celui qui le prononce assume que son choix peut se révéler mauvais, et il le fait quand même, les yeux ouverts.



