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Diaspora

Providence : un maire pro-Israël converti au judaïsme tombe, et le boycott entre dans les urnes américaines

Brett Smiley, maire de Providence converti au judaïsme en 2024, vient d'être battu par un socialiste pro-palestinien. Mais le vrai séisme arrive en novembre : la ville sera la plus grande d'Amérique à voter sur un désinvestissement visant Israël. Le BDS ne manifeste plus — il légifère.

10/09/2026·Source : JTA

Mercredi, Brett Smiley, maire démocrate de Providence (Rhode Island), a perdu sa primaire face au sénateur d'État David Morales, socialiste démocrate soutenu par Bernie Sanders et Ro Khanna. Le score est net : 52,5 % contre 47,5 %, avec 99 % des bulletins dépouillés. Smiley n'est pas un élu pro-Israël ordinaire : il s'est converti au judaïsme en 2024, en cours de mandat, et occupe un poste de direction au sein du Combat Antisemitism Movement — engagement que son adversaire lui a précisément reproché pendant la campagne, accusant l'organisation de « supprimer la parole pro-palestinienne ».

La campagne a eu son lot de signaux inquiétants : des affiches de Smiley ont été défigurées avec des moustaches hitlériennes et des cornes de diable. Morales a condamné ces actes — il faut le noter. Mais le climat est posé : dans une ville démocrate profonde, le maire juif et pro-Israël est devenu la cible, et l'engagement contre l'antisémitisme est devenu un angle d'attaque électoral.

Ce que cette primaire révèle dépasse largement Providence. La presse américaine l'a bien vu : la politique israélienne « s'infiltre » dans les élections locales. Mais l'infiltration a changé de nature. Après Zohran Mamdani à New York, c'est une deuxième victoire municipale pour la gauche radicale anti-israélienne — sauf qu'ici, l'enjeu n'est plus symbolique. En novembre, Providence deviendra la plus grande ville américaine à voter sur une mesure de désinvestissement qui, sans nommer Israël, pourrait empêcher la municipalité d'investir dans des entreprises liées à l'État juif. Morales soutient ce référendum contraignant. Smiley, lui, le jugeait « inapplicable et probablement contraire au droit de l'État » — analyse partagée par les organisations juives locales et par le Rhode Island-Israel Collaborative, qui promeut les liens économiques entre l'État et Israël.

Voilà le basculement que personne ne souligne : le mouvement BDS, longtemps cantonné aux campus et aux résolutions symboliques de conseils municipaux, teste désormais la démocratie directe. Un référendum contraignant, dans une vraie ville, avec de vrais fonds publics. Si la mesure passe en novembre — et la victoire de Morales en fait le favori du scrutin — Providence deviendra un modèle reproductible : chaque municipalité progressiste américaine disposera d'un mode d'emploi juridique pour désinvestir d'Israël sans jamais prononcer son nom. C'est précisément cette astuce rédactionnelle, ne pas nommer Israël, qui vise à contourner les lois anti-BDS adoptées par une majorité d'États américains.

Pour les communautés juives francophones, la leçon est double. D'abord, le sort d'un élu ne dépend plus de son bilan mais de son rapport à Israël : Smiley tombe dans une primaire où son judaïsme et son engagement contre l'antisémitisme ont été retournés contre lui. Ensuite, ce qui se joue à Providence arrivera en Europe : le passage du boycott déclaratif au boycott budgétaire, voté, contraignant. Le soir même, le gouverneur du Rhode Island perdait lui aussi sa primaire — mais pour un scandale de pont fermé, pas pour Israël. La comparaison dit tout : à Providence, Israël n'était pas un sujet parmi d'autres. C'était LE sujet. Et c'est le camp anti-israélien qui a gagné.

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