Disons-le sans détour : des vitres de synagogue brisées, c'est une image que le peuple juif connaît trop bien. Quand elle se produit à Paris, à Berlin ou à Montréal, nous savons la nommer. Quand elle se produit en Israël, commise vraisemblablement par d'autres Juifs, le réflexe est de baisser la voix. C'est une erreur. La haine intra-juive n'est pas moins dangereuse parce qu'elle reste « en famille » — elle l'est davantage, parce qu'elle attaque ce qui fait la force d'Israël : sa capacité à contenir toutes les manières d'être juif.
Car l'attaque de Darchei Noam ne tombe pas du ciel. Elle s'inscrit dans une guerre d'usure plus large autour du Shabbat dans la région : à Herzliya voisine, le glacier Othello a été vandalisé trois fois avant de renoncer à ouvrir le samedi ; les vitrines du restaurant Pasta Basta ont été brisées fin juillet. À Jérusalem, le café Basimta subit des manifestations hebdomadaires depuis début juillet. Le mode opératoire est le même partout : la pierre comme argument, l'intimidation comme politique publique.
Et voici l'angle que personne ne souligne : Darchei Noam n'est pas une communauté fragile. Fondée en 1981, elle a dû aller jusqu'à la Cour suprême d'Israël pour obtenir un terrain que la municipalité refusait d'allouer à une congrégation non orthodoxe — et elle a gagné. Autrement dit, l'État de droit israélien a déjà tranché : le judaïsme égalitaire a droit de cité en Israël. Ceux qui lancent des pierres ne contestent pas seulement une synagogue ; ils contestent une décision de justice. C'est là que se joue la vraie bataille — pas entre orthodoxes et réformés, mais entre ceux qui acceptent le verdict des institutions et ceux qui croient pouvoir le renverser à coups de pavés.
Et voici l'angle que personne ne souligne : Darchei Noam n'est pas une communauté fragile.
Il y a enfin une dimension diasporique que Jérusalem aurait tort de négliger. Le judaïsme réformé et libéral, c'est le cœur battant des communautés américaines et une part croissante des communautés francophones. Chaque vitre brisée à Ramat Hasharon envoie un message toxique à des millions de Juifs qui défendent Israël sur les campus et dans les conseils municipaux : « vous n'êtes pas tout à fait des nôtres ». Nos adversaires n'espèrent rien de mieux. La réponse du rabbin Levin est la bonne : l'office de vendredi soir aura lieu comme prévu, et la communauté appelle à venir nombreux. « Nous continuerons et nous ne serons pas dissuadés. » C'est exactement l'esprit qui a bâti ce pays.