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Diaspora

Randy Fine à la tribune du RJC : quand la défense des Juifs devient le prétexte d'un autre poison

À Las Vegas, le congressman de Floride a dénoncé « la montée de l'islam en Amérique » sous les applaudissements du Republican Jewish Coalition. Pour Midbar, c'est un piège tendu au camp pro-israélien : troquer la lutte contre l'antisémitisme contre une haine généralisée serait la pire des victoires.

31/08/2026·Source : JTA

Dimanche soir, dans une salle de bal du Venetian Resort à Las Vegas, le congressman de Floride Randy Fine a choisi de nommer ce qu'il a appelé « l'éléphant dans la pièce : la montée de l'islam en Amérique ». Devant les membres et étudiants du Republican Jewish Coalition réunis pour leur sommet annuel, il a lancé, sous les applaudissements : « On nous répète que le problème n'est pas l'islam mainstream mais l'islamisme radical. Mais où sont les musulmans soi-disant modérés dans notre système politique ? »

Fine n'était pas seul. Le représentant texan Brandon Gill a affirmé que l'islam est « fondamentalement incompatible avec notre mode de vie » et dénoncé « l'islamisation du Texas », ajoutant que « si nous voulons combattre l'antisémitisme, nous devons commencer par notre politique d'immigration ». Une heure avant son discours, Fine avait tweeté une vidéo de la gouverneure de New York Kathy Hochul en hijab dans une mosquée, légendée : « Voilà à quoi ressemble la capitulation devant l'islam mainstream. »

Disons-le clairement, depuis notre camp : ce discours est un danger pour les Juifs, pas une protection. La menace islamiste contre les communautés juives est réelle — les attaques de synagogues, les campagnes de délégitimation d'Israël portées par des figures comme Zohran Mamdani ou Hasan Piker, également ciblées à la tribune, ne sont pas des fantasmes. Mais Fine ne parle pas d'islamisme : il vise « l'islam » tout court, les musulmans comme groupe. Ce même Fine qui a comparé des musulmans à des chiens et déclaré que les Gazaouis devaient « mourir de faim » jusqu'à la libération des otages. Ce n'est pas de la défense d'Israël. C'est de l'essentialisation — exactement le mécanisme que les Juifs combattent depuis des siècles quand il s'applique à eux.

Car voici ce que la presse généraliste ne soulignera pas : chaque phrase de Fine est une arme offerte à nos adversaires. Quand un élu adoubé par l'AIPAC et le RJC déclare que « le fait que tous les musulmans ne soient pas mauvais ne signifie pas qu'aucun musulman n'est mauvais », il valide rétroactivement tous ceux qui appliquent la même logique aux Juifs. Il rend indéfendable la distinction — vitale pour Israël — entre antisionisme haineux et critique politique, entre islamisme et musulmans. Il transforme la cause pro-israélienne en simple faction d'une guerre identitaire américaine.

Et il y a plus grave encore. Le sionisme a bâti sa légitimité morale sur un principe : on ne juge pas un peuple en bloc. C'est ce principe qui nous permet d'exiger qu'Israël ne soit pas jugé sur ses extrémistes, que les Juifs de diaspora ne soient pas tenus responsables de Jérusalem. Si le camp pro-israélien américain applaudit Fine aujourd'hui, il scie la branche juridique et morale sur laquelle il est assis. La vraie force du RJC serait de dire à Fine ce que Netanyahou a su dire aux colons violents : vous nous compromettez de l'intérieur. Défendre les Juifs avec les outils de ceux qui les haïssent n'a jamais protégé personne — cela a toujours fini par se retourner contre nous.

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