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Roch Hachana sous escorte : quand la France mesure l'antisémitisme en télégrammes ministériels

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez demande aux préfets de renforcer la sécurité autour des synagogues avant les fêtes de Tichri. Un réflexe devenu si routinier qu'il en dit long : en France, le calendrier juif est désormais un calendrier sécuritaire — et personne ne semble plus s'en étonner.

05/09/2026·Source : CNews

Dans quelques jours, les Juifs de France entreront dans le mois de Tichri : Roch Hachana du vendredi 11 au dimanche 13 septembre, Yom Kippour le 20, Souccot à partir du 25. Et comme chaque année désormais, l'entrée dans l'année nouvelle s'accompagne d'un document administratif : un télégramme du ministre de l'Intérieur, daté du 31 août, demandant aux préfets et aux forces de l'ordre d'« accentuer leur vigilance » autour des lieux de culte juifs. Laurent Nuñez y rappelle que la menace terroriste « continue de peser sur notre pays », aggravée par « la persistance des tensions au plan international ».

Les chiffres cités par le ministre lui-même donnent la mesure du problème. En 2025, 1 320 actes antisémites ont été recensés par la direction nationale du renseignement territorial. Au premier semestre 2026, on en compte 532 — en baisse de 18 %, avec un pic en mars « en lien avec la dégradation de la situation au Proche-Orient ». On serait tenté d'y voir une bonne nouvelle. Ce serait une erreur de lecture.

Car les deux données qui comptent vraiment sont ailleurs. D'abord, la proportion : les actes antisémites représentent la moitié des faits antireligieux en France — 53 % en 2025, 47 % au premier semestre 2026 — alors que les Juifs constituent moins de 1 % de la population. Ensuite, la nature : ces actes sont majoritairement des « atteintes aux personnes », et cette part augmente — 67 % en 2025, 73 % au premier semestre 2026. Autrement dit, même quand le volume baisse, la violence se concentre sur les corps. Moins de tags, plus d'agressions. Une « baisse » qui frappe plus fort n'est pas une accalmie : c'est une mutation.

Il faut aussi relever ce que le télégramme admet sans le dire : le « pic observé en mars, en lien avec la dégradation de la situation au Proche-Orient ». L'État français reconnaît noir sur blanc que les Juifs de France servent de variable d'ajustement émotionnelle à un conflit qui se déroule à 3 000 kilomètres. Chaque secousse là-bas se paie ici, sur des écoliers, des fidèles, des passants identifiables. C'est la définition même de l'antisémitisme importé — celui qu'une partie du débat public s'obstine à relativiser.

Et c'est là que ce télégramme, geste protecteur et nécessaire — il faut le saluer, surtout une semaine après l'interpellation de trois hommes qui projetaient une action violente contre la communauté juive — révèle malgré lui une anomalie devenue norme. Aucune autre communauté religieuse de France ne voit ses fêtes annoncées par des circulaires sécuritaires. Le calendrier hébraïque est le seul que la place Beauvau connaisse par cœur. Roch Hachana, Kippour, Souccot : autant de dates de « vigilance renforcée ».

La vraie question pour l'année 5787 qui s'ouvre n'est donc pas de savoir si les synagogues seront protégées — elles le seront. C'est de savoir combien de temps une démocratie peut considérer comme normal que la prière juive exige une escorte. Le jour où un ministre n'aura plus besoin d'envoyer ce télégramme, la France aura gagné. En attendant, chaque télégramme est à la fois un bouclier et un constat d'échec.

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