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Diaspora

Saxe-Anhalt : à 43,8 %, l'AfD n'a plus besoin que la digue tombe — elle passe par-dessus

Avec 43,8 % des voix et 39 sièges sur 83, l'AfD frôle la majorité absolue en Saxe-Anhalt. La vraie nouvelle n'est pas le score : c'est qu'un petit parti à 5,3 %, le BSW, peut lui offrir le premier gouvernement d'extrême droite d'un Land allemand depuis 1945 — et que le « cordon sanitaire » ne dépend plus des grands partis.

07/09/2026·Source : JTA

Le verdict est tombé dimanche : l'AfD remporte 43,8 % des voix en Saxe-Anhalt, écrasant la CDU du chancelier Friedrich Merz, reléguée à 17,2 %. Le parti d'extrême droite obtient 39 sièges sur les 83 du parlement régional — à trois sièges seulement de la majorité absolue. Merz s'est dit « profondément choqué » et a reconnu la « défaite la plus sévère » de son parti depuis des décennies, ajoutant qu'il était impossible de « revenir au business as usual ».

Nous avions analysé avant le scrutin ce que représenterait un tel score. Le fait nouveau, c'est qu'il est advenu — et au-delà des projections. Surtout, un détail arithmétique change tout : le BSW de Sahra Wagenknecht, crédité de 5,3 %, n'a pas exclu de gouverner avec l'AfD. Si ces chiffres se confirment, le premier gouvernement d'extrême droite d'un Land allemand depuis la Seconde Guerre mondiale ne dépendrait ni de la CDU ni de la SPD, mais d'un parti issu de la gauche radicale. Le fameux « cordon sanitaire », que la presse généraliste présente comme l'affaire des partis « respectables », peut être contourné par la marge.

Pour les Juifs d'Allemagne — et d'Europe — le programme annoncé mérite d'être lu tel quel : expulsions d'immigrés, définancement de « l'art anti-allemand », et un enseignement réduit du passé nazi dans les écoles. Ce dernier point est celui qui devrait alerter le plus notre communauté. L'AfD se dit parfois amie d'Israël ; un parti qui veut apprendre moins de Shoah aux enfants allemands répond lui-même à l'objection. On juge sur les actes et les programmes, pas sur les déclarations de circonstance.

Les félicitations sont d'ailleurs éloquentes : Vox en Espagne, Chega au Portugal, Geert Wilders aux Pays-Bas, Elon Musk (« Well done ») — et un silence calculé de Donald Trump, qui a publié la capture d'écran des résultats sans commentaire, aussitôt relayée par Kirill Dmitriev, émissaire de Vladimir Poutine. Ce dernier détail dit l'essentiel : à Varsovie, Donald Tusk a résumé la lecture polonaise en une phrase brutale — « seuls les idiots ou les traîtres peuvent se réjouir du triomphe de l'AfD ». Un parti pro-russe aux portes du pouvoir régional allemand, c'est aussi une victoire pour l'axe qui arme les ennemis d'Israël.

Et c'est ici que la leçon dépasse l'Allemagne. Benjamin Haddad a parlé de « moment grave en Europe » ; l'article rappelle que Marine Le Pen domine tous les sondages pour la présidentielle française de 2027. La Saxe-Anhalt révèle un mécanisme que la France ferait bien de méditer : quand les partis de gouvernement traitent les « peurs de la population » — le mot est de Merz lui-même — par le mépris ou le déni, l'électeur ne se contente plus de protester, il donne le pouvoir. Pour les Juifs de France, la boussole reste la même : ni panique rituelle ni naïveté. Exiger des partis centraux qu'ils répondent enfin à l'insécurité et à l'islamisme qui nourrissent ces scores — car c'est leur échec, pas seulement la victoire des extrêmes, qui s'est affiché dimanche soir en Saxe-Anhalt.

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