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Diaspora

Saxe-Anhalt : quand l'AfD frôle les 40 %, c'est l'appareil d'État qui devient l'enjeu

L'extrême droite allemande pourrait signer dimanche son plus grand succès depuis sa création en 2013. Le vrai danger n'est pas le score : c'est ce qu'un parti extrémiste peut faire une fois qu'il tient la police, le renseignement et l'école d'un Land.

06/09/2026·Source : JTA

Ce dimanche, 1,7 million d'électeurs de Saxe-Anhalt, ancien Land d'Allemagne de l'Est, pourraient offrir à l'Alternative für Deutschland (AfD) son résultat le plus significatif depuis sa fondation en 2013 : les sondages la créditent de 40 % des voix. Un chiffre vertigineux dans le pays qui a inventé le « plus jamais ça » — et qui ouvrirait, selon le site du parti lui-même, la porte à « tout est possible » : y compris, en théorie, le premier gouvernement régional dirigé par l'extrême droite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les garde-fous institutionnels existent, et il faut les rappeler : en Allemagne, le vainqueur d'une élection régionale ne gouverne pas automatiquement. C'est le parlement du Land qui élit le ministre-président après formation d'une coalition. En Thuringe, il y a deux ans, l'AfD était arrivée en tête — une première pour l'extrême droite depuis 1945 — et avait pourtant été bloquée par le refus unanime des autres partis. Le scénario le plus probable en Saxe-Anhalt reste celui d'une coalition de partis minoritaires dépassant ensemble les 50 %.

Mais c'est précisément là que le réflexe rassurant devient dangereux. Stephan Kramer, patron du renseignement intérieur de Thuringe et ancien secrétaire général du Conseil central des Juifs d'Allemagne, met le doigt sur l'essentiel : le risque n'est pas symbolique, il est administratif. Un Land, c'est « le ministère de l'Intérieur, la police, le service de renseignement régional, l'éducation, les nominations et le traitement d'informations sensibles ». Pour la première fois, dit-il, le parti pourrait utiliser « la machinerie d'un gouvernement régional » pour peser au niveau fédéral. Pour les communautés juives, cela signifie très concrètement : qui protège les synagogues, qui classe les menaces, qui écrit les programmes d'histoire.

Charlotte Knobloch, 93 ans, survivante de la Shoah cachée par une famille chrétienne allemande, a dit au magazine Stern ce que tout le monde préfère ne pas entendre : « Même le parti nazi a commencé petit et a testé ce qui était possible. » Les politiciens de l'AfD, ajoute-t-elle, « testent les limites de l'acceptable ». Ce n'est pas une comparaison rhétorique : c'est une description de méthode, formulée par quelqu'un qui l'a vécue.

Et voici l'angle que la presse généraliste ne souligne pas : le calendrier. Après la Saxe-Anhalt viennent la Basse-Saxe le 13 septembre, puis le Mecklembourg-Poméranie et Berlin le 20. Trois scrutins en quinze jours, dans un pays où l'AfD est déjà donnée première dans les sondages nationaux. Le vote de dimanche n'est pas une élection régionale : c'est le premier domino d'une séquence qui peut normaliser l'extrême droite comme force de gouvernement. Le cordon sanitaire allemand a tenu jusqu'ici parce qu'il n'a jamais été testé trois fois en deux semaines. L'interdiction du parti, réclamée par Knobloch, reste juridiquement périlleuse — l'Allemagne d'après-guerre n'a banni que deux partis, en 1952 et 1956. Mais quand près d'un quart des électeurs européens soutiennent désormais l'extrême droite, contre 5 % en 1995, la question n'est plus de savoir si les digues tiennent. C'est de savoir combien de dimanches il leur reste.

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