Tout le reste est en suspens. Comment les armes seront-elles transférées ? Qui supervisera ? Comment des hommes du Hamas circuleront-ils dans l'enclave sans mettre en danger les soldats israéliens ? Aucun mécanisme ne garantit que le mouvement tienne parole. Une source sécuritaire de haut rang évoque de fortes pressions américaines pour que le dispositif avance, et un pessimisme dominant côté israélien : malgré ses déclarations, le Hamas continuerait de consolider son emprise sur Gaza.
On pourrait ne retenir que ce pessimisme. Ce serait rater l'essentiel. Trop souvent, les plans pour la région demandaient à Israël de reculer d'abord et d'espérer ensuite. Ici, le texte même du calendrier inverse l'ordre : les armes d'abord, le retrait après. Et le terrain où tout commence, Rafah et Khan Younès, est un terrain qu'Israël tient. Ce n'est pas le Hamas qui fixe le lieu de sa reddition : c'est l'armée qui a conquis le sol qui l'accueille.
Ce n'est pas le Hamas qui fixe le lieu de sa reddition : c'est l'armée qui a conquis le sol qui l'accueille.
Le pessimisme israélien n'est donc pas une faiblesse du dispositif, c'est sa meilleure garantie. Un peuple qui a appris à vérifier avant de croire ne signera pas un retrait sur la foi d'un communiqué. Et sur ce point, de Bnei Brak à Tel-Aviv, de la coalition à l'opposition, personne ne demande que Tsahal parte avant que les fusils soient rendus. C'est l'un des rares consensus que trois ans de guerre ont forgés, et il est désormais écrit dans un plan américain.
Mais il y a dans la dépêche un détail que l'on n'a pas vu commenté. La mission de l'entreprise américaine n'est pas de trouver des entrepôts : c'est de repérer des sites où « des hommes armés pourraient se présenter en sécurité pour déposer leur arsenal ». En sécurité. Le mot ne désigne pas la protection des soldats israéliens, traitée à part dans l'article. Il désigne celle de l'homme qui vient. Autrement dit, ce que l'on dessine à Rafah et Khan Younès n'est pas seulement une procédure de démilitarisation : c'est une porte de sortie individuelle pour quiconque veut quitter le Hamas avec la vie sauve.
Et c'est précisément ce que la source sécuritaire décrit en creux. Si le mouvement « consolide son emprise », ce n'est pas d'abord contre Israël, qui tient déjà le sud. C'est sur ses propres hommes, pour qu'aucun d'eux ne marche jusqu'à l'un de ces sites. Le vrai test du plan n'est donc pas la déclaration du Hamas : c'est le premier combattant qui se présentera seul, et ce qu'il adviendra de lui.
Pour nous, une leçon et une fierté. La leçon : le désarmement de Gaza ne se gagnera pas par la confiance mais par la géographie, et Israël en tient les coordonnées. La fierté : trois ans après le 7 octobre, c'est une équipe venue de Washington, sous protection probable de Tsahal, qui vient tracer sur une carte les endroits où l'ennemi rendra ses armes. On ne dessine pas ce genre de carte quand on a perdu.