En rejoignant le parti arabe de Mansour Abbas, l'ex-général de police Yoav Segalovitz ne trahit pas le sionisme : il teste en conditions réelles la question que le sionisme repousse depuis 1948 — les citoyens arabes d'Israël sont-ils des partenaires ou des invités ?
Lundi soir, à Nazareth, une scène qu'aucun manuel de politique israélienne n'avait prévue : Yoav Segalovitz, 67 ans, ancien général de police, ex-patron des Investigations et du Renseignement, ancien député Yesh Atid, a annoncé qu'il rejoignait Ra'am, le parti arabe de Mansour Abbas. Il sera placé en deuxième position sur la liste. « À chaque génération, il y a un moment où la peur et l'espoir se tiennent dans la même pièce. Ce soir, dans cette pièce, l'espoir l'a emporté », a déclaré Abbas. Segalovitz est le premier élu depuis des décennies à quitter un parti sioniste pour une formation arabe.
Le calcul électoral est limpide, et il faut le regarder en face. Selon le dernier sondage de Channel 12, le bloc d'opposition juif plafonne à 59 sièges — deux de moins que les 61 nécessaires — tandis que Ra'am en obtient quatre. Un sondage de Channel 13 estime que l'alliance pourrait rapporter deux sièges supplémentaires à Ra'am : un venu des électeurs arabes, un venu des électeurs juifs. À l'approche du scrutin du 27 octobre, chaque mandat compte, et la présence d'un sioniste crédible sur la liste rend Ra'am fréquentable pour des partis d'opposition qui refusaient jusqu'ici de gouverner avec une formation arabe.

