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Israël

Segalovitz chez Ra'am : le jour où un sioniste a fait le pari que l'État juif se sauve aussi en arabe

En rejoignant le parti arabe de Mansour Abbas, l'ex-général de police Yoav Segalovitz ne trahit pas le sionisme : il teste en conditions réelles la question que le sionisme repousse depuis 1948 — les citoyens arabes d'Israël sont-ils des partenaires ou des invités ?

01/09/2026·Source : JTA

Lundi soir, à Nazareth, une scène qu'aucun manuel de politique israélienne n'avait prévue : Yoav Segalovitz, 67 ans, ancien général de police, ex-patron des Investigations et du Renseignement, ancien député Yesh Atid, a annoncé qu'il rejoignait Ra'am, le parti arabe de Mansour Abbas. Il sera placé en deuxième position sur la liste. « À chaque génération, il y a un moment où la peur et l'espoir se tiennent dans la même pièce. Ce soir, dans cette pièce, l'espoir l'a emporté », a déclaré Abbas. Segalovitz est le premier élu depuis des décennies à quitter un parti sioniste pour une formation arabe.

Le calcul électoral est limpide, et il faut le regarder en face. Selon le dernier sondage de Channel 12, le bloc d'opposition juif plafonne à 59 sièges — deux de moins que les 61 nécessaires — tandis que Ra'am en obtient quatre. Un sondage de Channel 13 estime que l'alliance pourrait rapporter deux sièges supplémentaires à Ra'am : un venu des électeurs arabes, un venu des électeurs juifs. À l'approche du scrutin du 27 octobre, chaque mandat compte, et la présence d'un sioniste crédible sur la liste rend Ra'am fréquentable pour des partis d'opposition qui refusaient jusqu'ici de gouverner avec une formation arabe.

La droite a réagi avec une violence révélatrice. Itamar Ben-Gvir dénonce « une conspiration de la gauche pour ouvrir la voie à un gouvernement avec les Frères musulmans » ; la députée Likud Tally Gotliv a traité Segalovitz de « Juif de compagnie » d'Abbas. Mais ces attaques passent à côté du CV de l'homme qu'elles visent. Segalovitz n'est pas un idéologue naïf : c'est le vice-ministre de la Sécurité intérieure qui, sous le gouvernement Bennett-Lapid, a fait significativement reculer les homicides dans la communauté arabe — une criminalité repartie en flèche depuis. Sa popularité dans le secteur arabe ne vient pas de concessions sur la sécurité, mais du fait qu'il en a apporté.

Et c'est là que cette alliance devient plus intéressante qu'une simple manœuvre arithmétique. Depuis 2021, Abbas a fait un pari inverse de celui de tous les autres partis arabes : abandonner la posture protestataire sur le conflit israélo-palestinien pour négocier, de l'intérieur du système, des résultats concrets pour ses électeurs — contre le crime, pour les budgets. Segalovitz, lui, fait le pari symétrique côté juif : reconnaître que la sécurité d'Israël passe aussi par l'intégration politique de 20 % de ses citoyens. « Précisément à ce moment, où la polarisation sociale entre Juifs et Arabes est si forte », dit-il, il veut « construire un vrai pont politique » — quitte à admettre que le pont sera « bancal ou instable ».

Voilà l'angle que la polémique masque : ce n'est pas la gauche qui islamise Israël, c'est un sioniste sécuritaire qui israélise la politique arabe. Si l'expérience réussit, elle prouvera que la citoyenneté israélienne peut être un projet commun sans rien céder du caractère juif de l'État. Si elle échoue, elle laissera le champ libre à ceux qui, des deux côtés, prospèrent sur la séparation. Le 27 octobre ne tranchera pas seulement le sort de Netanyahou : il dira si l'État juif ose se gouverner avec tous ses citoyens.

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