## Sion, il y a trois mille ans
Sion est d'abord une colline de Jérusalem. « David s'empara de la forteresse de Sion, c'est la cité de David », dit le deuxième livre de Samuel (5, 7). Depuis, dans la Bible comme dans la prière, Sion est le nom de Jérusalem elle-même, et par extension du pays tout entier. Il n'y a pas de sionisme sans ce mot-là, et ce mot-là n'a jamais appartenu à personne d'autre.
En – 586, Jérusalem est détruite et le peuple déporté à Babylone. C'est là que naît, avant la lettre, ce que le mot désignera un jour : « Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions en nous souvenant de Sion. Si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite m'oublie » (Psaume 137). Un peuple exilé qui n'oublie pas sa terre : le sionisme, c'est d'abord cela.
Et il le répète chaque année. « L'an prochain à Jérusalem » clôt le Séder de Pessah et l'office de Neïla, à la fin de Kippour, depuis le Moyen Âge au moins. À Fès, à Bagdad, à Vilna, à Paris : vingt-cinq siècles d'exil, et jamais une année sans ces mots.
À Fès, à Bagdad, à Vilna, à Paris : vingt-cinq siècles d'exil, et jamais une année sans ces mots.
Le mot, lui, est récent. C'est Nathan Birnbaum, un journaliste juif de Vienne, qui forge « Zionismus » en 1890 dans son journal, *Selbst-Emancipation*. Il nomme une idée simple : le peuple juif a droit à un État sur sa terre. Ni une race, ni une religion, ni un parti. Un peuple, et son mouvement national, comme les Italiens, les Grecs ou les Polonais ont eu le leur au même siècle.
Sept ans plus tard, en août 1897, Theodor Herzl réunit le premier congrès sioniste à Bâle. Le 3 septembre, il écrit dans son journal : « À Bâle, j'ai fondé l'État juif. Si je le disais aujourd'hui à haute voix, tout le monde en rirait. Dans cinq ans peut-être, dans cinquante ans sûrement, tout le monde le comprendra. » Le 29 novembre 1947, cinquante ans et trois mois plus tard, l'Assemblée générale des Nations unies vote le plan de partage et la création d'un État juif.
Le mot a ensuite été attaqué là où il était né comme projet politique : à l'ONU. Le 10 novembre 1975, la résolution 3379 de l'Assemblée générale déclare que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale », par 72 voix contre 35 et 32 abstentions. Seize ans plus tard, le 16 décembre 1991, la même Assemblée abroge sa propre résolution, par 111 voix contre 25. C'est la résolution 46/86, l'une des plus courtes de l'histoire de l'organisation : une phrase, pour défaire ce qu'une phrase avait fait.
Ceux qui crient « sioniste » aujourd'hui reprennent, souvent sans le savoir, la lettre d'un texte que l'ONU elle-même a renié.
Reste la question, celle qu'on pose à un Juif de France qui dit son attachement à Israël : « Sioniste ? » La réponse tient en trois mots. Oui. Et alors ? Être sioniste, c'est penser qu'un peuple qui a pleuré Sion pendant deux mille cinq cents ans a le droit d'y vivre dans un État à lui. On peut discuter de tout le reste. Pas de cela.
*Sources : II Samuel 5, 7 ; Psaume 137 ; [Nathan Birnbaum, Jewish Virtual Library](https://www.jewishvirtuallibrary.org/nathan-birnbaum) ; [journal de Herzl, 3 septembre 1897](https://en.wikiquote.org/wiki/Theodore_Herzl) ; [résolution 3379 de l'Assemblée générale, 10 novembre 1975](https://en.wikipedia.org/wiki/United_Nations_General_Assembly_Resolution_3379) ; [résolution 46/86, 16 décembre 1991](https://www.jewishvirtuallibrary.org/un-general-assembly-resolution-46-86-december-1991-2).*