Il faut mesurer ce que cela signifie. Hallgrímsson ne cache rien du malaise : « Personne n'est à l'aise avec le fait de jouer ces rencontres, pour plein de raisons. » Ces joueurs ne sont pas des militants pro-israéliens. Ils ont lu la même presse, entendu les mêmes slogans, subi la même pression que leur gardien. Et pourtant, mis devant la question concrète, ils ont répondu par le principe le plus simple du sport : on joue l'adversaire que le tirage désigne. Pas celui que l'on approuve, pas celui dont on aime le gouvernement. Celui qui est là.
Ce principe, les Juifs le connaissent sous un autre nom : la règle commune. La même pour tous, sans exception taillée sur mesure pour un seul pays. C'est exactement ce que le boycott d'Israël attaque, partout où il se présente : il demande qu'une équipe, une université, un chercheur, un artiste soient soumis à un examen de conscience que l'on n'impose à personne d'autre. Bazunu assure que son geste ne vise ni les Israéliens ni les Juifs. Nous le prenons au mot sur ses intentions. Mais la seule sélection qu'il refuse d'affronter reste celle de l'État juif, et c'est cela qu'un vestiaire, à la majorité, a refusé de valider.
Ce principe, les Juifs le connaissent sous un autre nom : la règle commune.
Il y a aussi une leçon sur la nature même du geste. Bazunu écrit qu'il est « rare, dans une vie, d'avoir l'occasion de défendre une cause qui nous dépasse ». On respecte un homme qui agit selon sa foi. Mais notons que le sacrifice est celui d'un remplaçant qui renonce à un banc, et que la cause est portée par un texte sur Instagram. Ceux qui jouent, eux, prennent le risque des sifflets, des messages, des accusations. Le courage, dimanche, sera aussi sur la pelouse.
Et c'est là l'angle que les dépêches n'ont pas relevé. On a présenté cette affaire comme une polémique de plus contre Israël. C'est en réalité le premier scrutin où le boycott a dû se compter, et il n'a pas eu la majorité. Un vestiaire n'est pas un parlement, mais c'est un échantillon honnête : vingt-cinq hommes ordinaires, d'un pays où l'opinion est loin d'être favorable à Israël, qui choisissent malgré tout la règle plutôt que l'exclusion.
Pour les Juifs de France comme pour les Israéliens, la nouvelle à retenir n'est donc pas le forfait d'un gardien. C'est que, mis au vote, le refus de jouer avec les Juifs a perdu. Dimanche, les joueurs israéliens entreront sur le terrain, l'hymne sera joué, et le match aura lieu. Chaque fois qu'un boycott est obligé de se soumettre au vote de ceux qu'il veut enrôler, il découvre la même chose : les gens normaux préfèrent jouer. Et c'est une victoire qui nous appartient à tous.