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Israël

« Vous connaissez la vérité » : à Rome, Amir Ohana pose un livre de 1 250 pages et déplace la bataille du savoir au courage

Devant les présidents des parlements européens réunis par le Conseil de l'Europe, le président de la Knesset a brandi un livre où le mot « Juif » est imprimé six millions de fois. Et il a dit à ses hôtes une chose que l'on n'ose jamais dire aux élus : ils ne sont pas trompés, ils savent. Ce diagnostic change tout.

·Source : i24NEWS

Jeudi, à Rome, le président de la Knesset Amir Ohana s'est adressé aux présidents de parlements européens réunis dans le cadre du Conseil de l'Europe. Le sujet était l'accusation de génocide portée contre Israël. Sa réponse tient en une phrase, prononcée devant la salle : « Tous ceux qui se trouvent dans cette salle connaissent la vérité : Israël ne commet pas de génocide. Cessez ce mensonge odieux. » À la fin, l'assemblée l'a applaudi, et la présidente de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, l'Autrichienne Petra Bayer, l'a remercié en hébreu.

Au cœur du discours, un objet. Amir Ohana a brandi un exemplaire de *And Every Single One Was Someone*, le livre réalisé par Phil Chernofsky : 1 250 pages où le mot « Juif » est reproduit six millions de fois, une fois par victime de la Shoah. « Chaque mot représente une vie humaine entière. Chaque ligne, une classe remplie d'enfants. Chaque page, une ville », a-t-il expliqué. Puis : « Voilà à quoi ressemble un véritable génocide. » Il a précisé qu'il garde ce livre sur son bureau à la Knesset, pour que le « Plus jamais ça » ne devienne pas une formule vide.

Il a aussi rappelé ce que fut le 7 octobre, « journée la plus meurtrière pour les Juifs depuis la Shoah » : les meurtres, les viols, les mutilations, les victimes brûlées vives. Et cette précision qui ferme la porte à toute symétrie : les civils, « hommes, femmes, enfants et même nourrissons, ne se sont pas retrouvés au milieu d'échanges de tirs. Ils étaient les cibles ». Pas de « dommages collatéraux » ce jour-là.

Ce qui rend ce discours différent de cent autres, c'est son diagnostic. Depuis trois ans, les défenseurs d'Israël se comportent comme si le mot « génocide » prospérait par ignorance : alors on explique, on produit des chiffres, on cite le droit. Ohana, lui, dit autre chose aux élus assis en face de lui : vous n'êtes pas trompés, vous savez. « Nous traversons une grave crise de courage sur la scène internationale », a-t-il affirmé, décrivant des dirigeants qui proclament les valeurs les plus nobles mais relaient des accusations mensongères pour « un soutien électoral temporaire » et pour apaiser les tensions chez eux. Le problème n'est pas le savoir. C'est le prix du courage.

Si ce diagnostic est juste, et nous pensons qu'il l'est, la stratégie change. On ne gagne pas une bataille de courage avec des notes de bas de page. On la gagne en rendant le mensonge plus coûteux que la vérité : en le nommant en face, devant témoins, dans la langue de ceux qui le relaient. C'est exactement ce qu'a fait Ohana, et c'est pour cela que le livre compte davantage que le discours. Un argument se discute. Un volume de 1 250 pages que l'on soulève devant une assemblée ne se discute pas : il pèse. Il redonne au mot « génocide » le poids que trois ans d'usage militant lui ont retiré.

Un volume de 1 250 pages que l'on soulève devant une assemblée ne se discute pas : il pèse.

Il y a enfin une leçon pour nous, Juifs d'Europe et de France. L'applaudissement de Rome et le merci en hébreu de Petra Bayer disent que le courage se propage dès que quelqu'un le montre le premier. Ohana a conclu par un appel aux pays qui ont une histoire avec ce mot : « Cette fois, soyez du bon côté de l'histoire, à nos côtés. » Nous n'avons pas, à notre échelle, à convaincre nos voisins de ce qu'ils savent déjà. Nous avons à leur rendre facile de le dire tout haut. Un livre sur un bureau, une phrase prononcée sans baisser les yeux : c'est ainsi que la vérité cesse d'être une opinion minoritaire et redevient ce qu'elle est, la chose que tout le monde connaît.

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