Et ce diagnostic tient en un mot que le communiqué ne cache pas : les drones. Les deux responsables ont discuté du développement de capacités technologiques communes, « en particulier dans le domaine de la détection et de la neutralisation des drones hostiles ». Selon les informations disponibles, Zini considère cette menace comme l'un des principaux défis sécuritaires pesant actuellement sur Israël. Il faut mesurer ce que cela signifie : le patron du service qui a déjoué des centaines d'attentats place aujourd'hui les engins volants de quelques milliers de dollars au sommet de ses inquiétudes.
Pour Israël, cette visite est une victoire discrète mais réelle. Elle confirme que la relation sécuritaire avec Washington fonctionne au niveau le plus opérationnel, celui des services, indépendamment des soubresauts diplomatiques. Pendant que des capitales européennes agitent des menaces de sanctions, le FBI et le Shin Bet construisent des capacités communes. C'est là que se mesure la vraie solidité d'une alliance : dans les salles de briefing, pas dans les communiqués.
C'est là que se mesure la vraie solidité d'une alliance : dans les salles de briefing, pas dans les communiqués.
Mais il y a une lecture plus profonde, que la presse généraliste ne fera pas. Cette rencontre acte un renversement historique du sens de la coopération. Pendant des décennies, Israël était le bénéficiaire du parapluie américain. Aujourd'hui, sur la menace drone — celle qui obsède aussi les Américains depuis que des engins non identifiés survolent leurs bases —, c'est Israël qui détient l'expérience de terrain la plus dense au monde. Personne n'a affronté autant d'attaques de drones hostiles, personne n'a autant appris à les détecter et les neutraliser en conditions réelles. Le laboratoire, désormais, c'est Israël ; le client, c'est l'Amérique.
Et c'est peut-être la meilleure police d'assurance stratégique de l'État juif. Un allié qu'on aide par sympathie peut se lasser ; un allié dont on a opérationnellement besoin, jamais. En transformant sa vulnérabilité — être la cible permanente des innovations terroristes — en expertise exportable vers la première puissance mondiale, Israël rend son alliance avec Washington non plus seulement morale ou politique, mais indispensable. Les réseaux de financement du terrorisme que le FBI veut démanteler opèrent aussi sur le sol américain ; les drones que le Shin Bet apprend à abattre menaceront demain les stades et les aéroports occidentaux. La sécurité d'Israël n'est pas un fardeau pour ses alliés. C'est leur avant-garde.