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Culture

zman : l'horloge qui compte le temps juif sans passer par la seconde

À partir de 2035, l'heure civile cessera de suivre le soleil. Un petit serveur open source, zman.technology, propose de faire l'inverse : un compteur de temps juif dont la seule référence est la rotation de la Terre.

07/09/2026·Source : Midbar

*À partir de 2035, l'heure civile cessera de suivre le soleil. Un petit serveur open source, zman.technology, propose de faire l'inverse : un compteur de temps juif dont la seule référence est la rotation de la Terre.* --- ## Un seul nombre Ouvrez zman.technology et vous ne verrez ni cadran, ni date grégorienne, ni heure UTC. Vous verrez un compteur : une date hébraïque, une heure, un *chelek*, un *rega*, et surtout un grand entier — le nombre de *rega'im* écoulés depuis l'epoch. Entre deux synchronisations avec le serveur, le navigateur interpole. Le site existe en français, en anglais et en hébreu, et le code est publié sur GitHub sous licence MIT. Tout le projet tient dans ce nombre. C'est ce qui le distingue de tous les outils de calendrier juif existants. ## Deux temps, et une rupture en 2035 Le manifeste du site part d'un constat de métrologie. Pendant presque toute l'histoire, la seconde a été une fraction du jour solaire. En 1967, la 13e Conférence générale des poids et mesures l'a redéfinie à partir de l'atome de césium 133 : depuis, la seconde ne dépend plus d'aucun mouvement céleste. L'heure civile, UTC, est restée accrochée au soleil de façon artificielle, par l'insertion de secondes intercalaires chaque fois que l'écart avec la rotation réelle de la Terre (UT1) menace de dépasser 0,9 s. Vingt-sept ont été insérées depuis 1972, et chacune a été un casse-tête informatique — le site rappelle les pannes de serveurs Linux en 2012 et celle du DNS de Cloudflare fin 2016. En novembre 2022, la 27e CGPM a décidé d'élargir cette tolérance d'ici 2035, au point qu'aucune correction ne sera plus nécessaire pendant au moins un siècle. Le manifeste insiste sur la formulation : ce n'est pas une abolition littérale des secondes intercalaires, mais l'effet est le même. L'heure des horloges et l'heure du ciel deviendront deux choses indépendantes, et l'écart croîtra librement. Le texte y voit une première historique : toutes les civilisations avaient pris le ciel pour référence et l'horloge pour approximation ; on inverse l'ordre. ## Le temps juif est fait de proportions C'est là que le projet fait sa bascule. Le temps juif, argumente le manifeste, n'a jamais été un temps de durée absolue : c'est un temps de proportions de phénomènes célestes. Le jour commence au coucher du soleil. L'heure halachique est un douzième du jour, quelle que soit sa longueur — plus de 70 minutes en été à Jérusalem, moins de 50 en hiver. Le mois commence à la nouvelle lune, l'année se recale sur le soleil par un treizième mois. Le calendrier fixe a gardé cette logique jusque dans ses plus petites unités. Selon le Rambam (*Hilkhot Kiddoush ha-Hodesh*), l'heure se divise en 1 080 *chalakim*, et le *chelek* en 76 *rega'im*. Un jour fait donc toujours exactement 25 920 chalakim et 1 969 920 rega'im. Mais le jour lui-même n'a pas de durée fixe : la rotation terrestre ralentit et fluctue. Quand le jour s'allonge, le rega s'allonge avec lui. Le site résume la symétrie avec la seconde de 1967 : là-bas, l'unité est fixe et le jour compte un nombre variable de secondes ; ici, le jour est l'unité et le rega en est une fraction invariable. Le manifeste prend soin de signaler un choix : le Talmud donne au rega une autre définition (1/58 888 d'heure, Berakhot 7a), qui ne divise pas le chelek en nombre entier. Retenir celle du Rambam est présenté comme une décision d'ingénierie, pas théologique — elle rend le compteur entier et l'arithmétique sans reste. ## Comment ça marche Le serveur expose un entier : le nombre de rega'im écoulés depuis le samedi soir, 18 h temps moyen de Jérusalem, qui ouvre la semaine du molad Tohou — le molad d'origine du calendrier fixe, que le Rambam place au jour 2, 5 heures et 204 chalakim. Tout le reste s'en déduit par arithmétique : le jour par division, puis l'heure, le chelek, le rega, puis l'année, le mois et le jour de la semaine par les règles du calendrier fixe (cycle de dix-neuf ans, mois de 29 et 30 jours, les quatre *dehiyot*). Rien n'est lu dans une table, rien n'est traduit d'un autre calendrier. L'horloge de référence n'est pas UTC mais UT1, la rotation réelle de la Terre mesurée par l'IERS. Concrètement, le serveur lit l'horloge de la machine, lui ajoute l'écart UT1−UTC publié dans le Bulletin A de l'IERS, décale au temps de Jérusalem et convertit en rega'im. C'est le seul endroit du programme où la seconde SI et le calendrier grégorien existent : un package isolé et remplaçable. Résultat revendiqué : il n'y aura jamais de seconde intercalaire ici, parce qu'il n'y a rien à recaler. Le site est tout aussi net sur ses limites. Il ne mesure pas la rotation terrestre lui-même ; il dépend des données de l'IERS, publiées avec quelques jours de retard et prolongées par des prédictions. L'API affiche donc l'âge de la donnée et signale quand elle tourne sur prédiction. L'étape suivante annoncée est un capteur local — un gnomon filmé le jour, une résolution astrométrique du ciel la nuit — pour obtenir l'angle de rotation directement. L'interface `Clock` du code est conçue pour ça : une seule méthode, « maintenant, en rega'im ». ## Une API qui refuse le grégorien L'API est gratuite, sans clé, avec CORS ouvert, et répond en JSON ou en texte. Six endpoints : `/api/now` (l'instant présent, avec la qualité de l'horloge), `/api/rega/{n}` (décoder un entier), `/api/date/{année}/{mois}/{jour}` (le premier et le dernier rega d'un jour), `/api/molad/{année}/{mois}`, `/api/year/{année}` (longueur, caractère embolismique, Roch Hachana, mois) et `/api/health`. Les réponses sont sous licence CC BY 4.0. Le principe le plus frappant tient dans une section intitulée « Ce que l'API ne renverra jamais » : aucune date grégorienne, aucun timestamp Unix, aucune heure UTC, aucune durée en secondes. Un test automatique parcourt toutes les réponses à chaque build et interdit les mots `unix`, `utc`, `iso`, `gregorian` et `seconds`. Pour une conversion, le site renvoie vers Hebcal. ## Ce que ce n'est pas Le manifeste consacre une section entière à Hebcal et KosherJava, qu'il décrit comme complets, exacts et maintenus depuis des décennies. Pour savoir quand allumer les bougies à Lyon vendredi prochain, dit-il, c'est là qu'il faut aller. Mais ces outils prennent une date grégorienne et une heure UTC en entrée, puis traduisent : le temps juif y est une fonction du temps des nations. zman ne fait ni fêtes, ni zmanim par lieu, ni lectures. Il fait un nombre — et affirme qu'à sa connaissance personne d'autre ne produit un timestamp juif autonome, sans référence au grégorien ni à l'atome. ## Un temps confié, pas reçu La dernière partie du manifeste sort de la technique. Trois sources y sont convoquées : Exode 12:2, première mitzva donnée à Israël en tant que peuple, où le mois est *confié* au regard des hommes ; Rosh Hashana 25a, où la date déclarée par le tribunal fait foi même si elle est astronomiquement fausse — d'où le choix du serveur d'afficher la qualité de sa donnée plutôt que de prétendre à une exactitude qu'il n'a pas ; et le Rambam, pour qui le calendrier calculé est un régime d'exil, valable tant qu'on ne peut pas observer. C'est dans cette lignée que le projet se place, modestement : entre la rotation réelle de la Terre et un calcul figé sur une seconde atomique, il choisit la rotation, et il est construit pour finir par regarder le ciel lui-même. Le manifeste se termine sur une phrase qui résume l'ambition : le temps juif ne peut pas cesser de suivre le soleil, parce qu'il *est* le soleil et la lune découpés en parts — il faut juste quelqu'un pour le tenir. --- *Site : [zman.technology](https://zman.technology) · Code : [github.com/materligmann/zman](https://github.com/materligmann/zman) · Documentation de l'API : [zman.technology/api](https://zman.technology/api)*

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