Trois objets, trois aveux.
Barghouti d'abord. Une partie de l'opinion occidentale le présente comme un « Nelson Mandela palestinien », un dirigeant possible pour demain. Le dossier judiciaire dit autre chose : cinq peines de réclusion à perpétuité, auxquelles s'ajoutent 40 ans de prison, pour son implication dans des attentats qui ont tué cinq Israéliens et blessé plusieurs autres personnes. Selon certaines informations, le Hamas aurait exigé sa libération lors des négociations sur les otages, et Israël aurait refusé. Autrement dit, la banderole la plus haute du cortège de Londres reprend, mot pour mot, une exigence posée par le Hamas à la table où se jouait le sort de nos otages. On peut marcher pour un cessez-le-feu. On ne devrait pas marcher, sans le savoir, pour la liste de prisonniers d'une organisation terroriste.
La carte ensuite. Une manifestation « pour Gaza » n'a aucun besoin de rebaptiser Jérusalem. Effacer les noms hébreux des villes d'Israël, ce n'est pas protester contre une guerre, c'est contester qu'un peuple ait un nom sur sa terre. Le mot « colonialisme » écrit au-dessus confirme la lecture : pour ces manifestants, le problème n'est pas une opération militaire, c'est l'existence même d'un État juif, de Jérusalem jusqu'au dernier panneau routier.
Khamenei enfin. L'homme dont on brandit le portrait n'était pas un Palestinien de Gaza : c'était le guide suprême de la République islamique d'Iran, éliminé par Israël en février. Qu'il apparaisse dans un cortège « pour le cessez-le-feu » dit à qui va la loyauté d'une partie de cette rue. Et qu'il ne soit plus là rappelle que la menace qu'il incarnait n'est pas restée un slogan : elle a été traitée.
Et qu'il ne soit plus là rappelle que la menace qu'il incarnait n'est pas restée un slogan : elle a été traitée.
Voilà pourquoi ce samedi, malgré les apparences, n'est pas une mauvaise journée pour nous. Depuis trois ans, les Juifs d'Europe s'épuisent à expliquer que l'antisionisme de rue ne vise pas une politique mais un peuple. Samedi, ce sont les manifestants eux-mêmes qui ont apporté la preuve, en grand format, sur tissu et sur carton. Nous n'avons rien à inventer : il suffit de photographier.
Et à Londres, en marge du cortège, d'autres pancartes ont répondu. Une contre-manifestation s'est tenue avec un slogan qui n'implore personne et ne se justifie de rien : « Commencez à réprimer la haine antisémite ». Ce n'est pas un cri de peur, c'est une mise en demeure adressée à l'État de droit. C'est exactement le ton qu'il faut.
Car regardez bien la carte de Berlin. Sur ce papier, le haredi de Bnei Brak et le réserviste de Tel-Aviv, le Juif de Sarcelles qui rêve d'alya et le rabbin libéral de New York qui critique le gouvernement sont effacés de la même main, sous le même mot. Ceux qui nous veulent divisés devraient méditer ce que leurs adversaires ont dessiné : un seul peuple, une seule terre, un seul nom à rayer. Jérusalem, elle, porte le sien dans la Bible, dans la prière et sur ses panneaux. Une pancarte à Berlin ne l'a jamais rebaptisée.