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Diaspora

« Balayées » : quand les psychologues américains n'écoutent pas leurs membres juifs

Selon un rapport relayé par The Times of Israël, l'Association américaine de psychologie a écarté des plaintes pour antisémitisme. On en sait encore peu. Mais une discipline fondée sur l'écoute qui n'entend pas la douleur juive pose une question qui dépasse l'Amérique.

Le titre tient en une ligne, et il suffit à faire mal : d'après un rapport cité par The Times of Israël, l'Association américaine de psychologie a « balayé » des plaintes pour antisémitisme déposées en son sein. À l'heure où nous écrivons, nous ne disposons que de ce titre. Ni le nombre des plaintes, ni leur contenu, ni les auteurs du rapport, ni la réponse de l'association ne nous sont connus. Midbar s'en tient donc à ce qui est établi, et attend la suite pour le reste.

Ce que l'on peut dire sans rien inventer, c'est ce qu'un tel comportement signifierait de la part d'une telle institution. La psychologie est, par définition, le métier de l'écoute. Son premier geste professionnel consiste à prendre au sérieux celui qui dit souffrir, avant même de juger si sa souffrance est fondée. Si une organisation de psychologues reçoit des plaintes pour antisémitisme et les écarte sans les instruire, elle ne manque pas seulement à ses membres juifs : elle se contredit elle-même. On ne peut pas enseigner l'écoute et se boucher les oreilles dès que la personne qui parle est juive.

Ce réflexe, les Juifs le connaissent bien depuis le 7 octobre. Dans beaucoup d'institutions, en Amérique comme en Europe, la douleur juive est devenue la seule qu'on discute avant de la reconnaître. On demande au Juif qui se dit blessé s'il n'exagère pas, s'il ne confond pas critique d'Israël et haine des Juifs, s'il n'instrumentalise pas son histoire. Aucune autre minorité ne se voit imposer un tel examen de passage pour avoir le droit d'avoir mal. Un rapport qui documente ce traitement dans une association de psychologues ne décrit pas un cas isolé : il met un nom sur un mécanisme.

Et pourtant, il y a dans cette nouvelle quelque chose qui relève. D'abord, des membres juifs ont déposé plainte. Ils n'ont pas quitté la salle en silence, ils ont utilisé les voies prévues, ils ont laissé une trace. Ensuite, quelqu'un a jugé nécessaire d'écrire un rapport, et un média l'a relayé jusqu'à nous. Une institution qui écarte des plaintes peut être rattrapée, à condition que les plaignants existent et parlent. C'est exactement ce qui s'est passé.

La leçon vaut pour nous tous, bien au-delà de la psychologie américaine. Le Juif de Sarcelles dans son administration, l'étudiant à l'université, le médecin dans son ordre professionnel, le réserviste dans son entreprise : chacun a parfois le sentiment que sa plainte sera « balayée ». La réponse n'est pas de se taire, ni de se contenter de s'indigner entre nous. Elle consiste à déposer, à documenter, à compter, puis à soutenir ceux qui l'ont fait, religieux ou laïcs, en Israël ou en diaspora. Tous les Juifs sont garants les uns des autres : cela s'applique aussi aux dossiers de plainte.

Tous les Juifs sont garants les uns des autres : cela s'applique aussi aux dossiers de plainte.

Ce n'est pas aux Juifs de prouver leur douleur. C'est aux institutions, à commencer par celles dont le métier est d'écouter, d'apprendre à l'entendre. Nous suivrons ce rapport, et la réponse de l'association, avec la même exigence que nous demandons aux autres : les faits d'abord.

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