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Société

« Les vrais ennemis de la paix » : Delphine Horvilleur critique Israël, et rentre voter à la maison

Dans Libération, la rabbine livre une lecture très dure d'Israël depuis le 7 octobre, que beaucoup de nos lecteurs ne partageront pas. Mais lisez jusqu'au bout : elle juge « obscène » la comparaison avec Auschwitz, refuse le mot génocide sans juge, nomme ceux qui nient Israël comme les vrais ennemis de la paix, et annonce qu'elle ira voter en Israël, pour la première fois depuis 1996. La dispute reste dans la maison.

Delphine Horvilleur ne cherche pas à plaire. Dans l'entretien qu'elle accorde à Libération pour la sortie de « Sermons sous les décombres », la rabbine relit l'histoire de Samson, emmené captif à Gaza et prêt à mourir en entraînant ses ennemis avec lui, comme un avertissement adressé à l'Israël d'aujourd'hui : « Prends garde à ce que ta force et ton envie de vengeance ne te mènent pas au suicide. » Elle rappelle avoir dénoncé en mai 2025 la « tragédie endurée par les Gazaouis » et un risque de « faillite morale ». Elle affirme que des réservistes de son entourage ne comprenaient plus le sens de la guerre dès le début de 2025. Et elle reproche à Benjamin Netanyahou de mobiliser la peur, évoquant un « culte du chef » chez certains de ses partisans.

Disons-le franchement : une grande partie des lecteurs de Midbar ne partage pas cette lecture. Samson peut se lire autrement, et elle le concède elle-même, « d'autres en tireraient une lecture différente ». La guerre menée après le 7 octobre garde, pour beaucoup d'Israéliens, un sens très clair. Quant à Netanyahou, il se juge sur ses actes, dans un sens comme dans l'autre, jamais sur des procès d'intention. Le désaccord est réel. Il ne nous intéresse pas ici comme un match.

Ce qui nous intéresse, c'est ce que la même femme dit dans le même entretien, et que le titre ne retient pas. La comparaison entre Gaza et Auschwitz ? « Obscène. » Le mot génocide ? Une affaire de décision de justice, pas de slogan. Le film Naza, qu'elle souhaite voir examiné par les Israéliens eux-mêmes pour trier ce qui est exact de ce qui est mensonger ? Elle en rejette le titre et les rapprochements avec le nazisme. Et ceux qui nient le droit d'Israël à exister ? Ce sont, dit-elle, « les vrais ennemis de la paix ».

Voilà des lignes rouges qu'aucun militant antisioniste ne tracera jamais. C'est précisément ce qui distingue une critique juive d'une attaque contre les Juifs. La sévérité n'est pas le critère : nos prophètes ont été plus durs avec Israël que n'importe quel éditorialiste. Le critère, c'est la place d'où l'on parle et le nom qu'on donne à l'ennemi. Horvilleur parle depuis l'intérieur, et l'ennemi qu'elle nomme est dehors.

La sévérité n'est pas le critère : nos prophètes ont été plus durs avec Israël que n'importe quel éditorialiste.

Puis vient l'annonce qui change tout : elle ira voter en Israël en octobre, pour la première fois depuis 1996. Trois décennies sans bulletin, et elle revient au moment où elle juge le scrutin décisif pour l'avenir du pays et pour ses liens avec la diaspora. Elle aurait pu signer une tribune depuis Paris. Elle aurait pu, comme tant d'intellectuels, prendre ses distances pour se rendre présentable. Elle prend un billet d'avion et un bulletin.

C'est l'angle que personne ne relève. On répète que la guerre a creusé un fossé entre Israël et la diaspora. Le geste d'une rabbine libérale parisienne, l'une des voix juives les plus critiques de France, raconte l'inverse : quand la dispute devient grave, la diaspora ne s'éloigne pas, elle rentre peser. Elle accepte la seule règle qui compte, celle de l'urne, et reconnaît par là qu'Israël est l'affaire de tous les Juifs, mais que cette affaire se tranche à Jérusalem, pas dans les colonnes d'un quotidien parisien.

Beaucoup de nos lecteurs voteront autrement qu'elle. Peu importe. Ils voteront avec elle, dans la même file, pour le même pays. Un Juif dont on conteste les idées reste un Juif dont on partage le destin. Et le jour où son bulletin et celui d'un électeur du Likoud tomberont dans la même urne, les « vrais ennemis de la paix », ceux qu'elle nomme sans trembler, auront perdu leur pari le plus cher : nous voir renoncer les uns aux autres.

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