La traduction dit : « La vie de Sara fut de cent vingt-sept ans » (23, 1). L'hébreu compte autrement : cent ans, et vingt ans, et sept ans, avec le mot « année » à chaque étage. Rachi en tire une lecture : chaque nombre se lit pour lui-même. À cent ans, elle était comme à vingt pour la faute. À vingt ans, comme à sept pour la beauté. Et le verset se referme sur « les années de la vie de Sara » : elles se valent toutes en bien.
## Quatre cents sicles à Hébron
Abraham a reçu la promesse de tout le pays, répétée cinq fois dans Lekh Lekha. Il n'y possède pas de quoi enterrer sa femme. « Je ne suis qu'un étranger domicilié parmi vous », dit-il aux enfants de Heth (23, 4). Éfron lui offre le champ et le caveau : « le champ, je te le donne » (23, 11). Abraham refuse le cadeau : « j'offre le prix de ce champ, accepte-le » (23, 13). Il verse « quatre cents sicles d'argent, en monnaie courante » (23, 16), en présence de tous, et l'hébreu dit qu'il les pèse.
« Je ne suis qu'un étranger domicilié parmi vous », dit-il aux enfants de Heth (23, 4).
Le midrach s'en souvient. Rabbi Youdan bar Simon compte trois lieux dont les nations du monde ne peuvent pas dire à Israël qu'ils sont volés : la grotte de Makhpéla, payée par Abraham ; le site du Temple, payé par David ; le tombeau de Joseph, payé par Jacob (Beréchit Rabba 79, 7).
Il faut une femme pour Isaac. Le serviteur d'Abraham prend « dix chameaux » (24, 10) et part vers Aram. Son critère tient en une phrase, qu'il adresse à Dieu près du puits : la jeune fille qui répondra « Bois, puis je ferai boire aussi tes chameaux » (24, 14). Rébecca fait exactement cela, et elle le fait vite : « elle se hâta de vider sa cruche dans l'abreuvoir, courut de nouveau à la fontaine pour puiser et puisa ainsi pour tous les chameaux » (24, 20).
Sa famille voudrait la garder encore quelques jours. On l'appelle : « Pars-tu avec cet homme ? » Elle répond d'un mot : « Je pars » (24, 58). En hébreu, élekh. C'est le verbe qu'Abraham a entendu deux parashiot plus tôt : lekh lekha, va. Lui a reçu un ordre. Elle a choisi. Rachi lui fait dire : « de moi-même, même si vous ne voulez pas ».
« Isaac la conduisit dans la tente de Sara sa mère » (24, 67). Rachi, d'après le midrach, raconte ce que cette tente avait perdu. Tant que Sarah vivait, une lumière brûlait d'une veille de chabbat à l'autre, la bénédiction se trouvait dans la pâte, une nuée se tenait au-dessus de la tente. À sa mort, tout a cessé. Quand Rébecca est arrivée, tout est revenu.
La parasha ne s'appelle donc pas la vie de Sarah par erreur. Sarah meurt au deuxième verset, et elle occupe encore le dernier mot du récit : Isaac « se consola d'avoir perdu sa mère ». Ce vendredi soir, la lumière s'allume une fois de plus.