Le 7 octobre 2023, le Hamas tue 1 200 personnes en Israël et en enlève 251. Deux jours plus tard, Jean-Luc Mélenchon publie sur X un message visant le Conseil représentatif des institutions juives de France. En obligeant chacun à s'aligner, écrit-il, le Crif « a isolé et empêché la solidarité des Français » avec la volonté de paix et la demande de cessez-le-feu. Le président du Crif, Yonathan Arfi, répond en un mot : « abject ». Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran le critique également. Euronews titre que le chef de LFI est désigné comme un « ennemi de la République » pour ses attaques contre l'organisation juive.
## 22 octobre 2023 : « campe à Tel Aviv »
Treize jours plus tard, le même compte publie ceci : « Voici la France. Pendant ce temps Madame Braun-Pivet campe à Tel Aviv pour encourager le massacre. Pas au nom du peuple français ! »
Yaël Braun-Pivet préside l'Assemblée nationale, la quatrième institution de la République. Elle est juive. Elle se trouvait alors en Israël. La phrase construit une opposition en deux temps : d'un côté « la France », de l'autre une responsable qui agirait « pas au nom du peuple français ». Elle déclarera que Mélenchon lui a mis « une cible dans le dos ». Pour plusieurs commentateurs, le verbe « campe » renvoie aux camps ; un proche du leader insoumis, cité par Les Surligneurs, concède un tweet « bourrin » et récuse cette lecture. Aucune condamnation judiciaire n'a suivi ce message.
## 12 novembre 2023 : la marche sans eux
Ce dimanche-là, 105 000 personnes défilent à Paris pour la République et contre l'antisémitisme, selon la préfecture de police. La France insoumise n'y participe pas : le mouvement invoque la présence du Rassemblement national. Le soir même, Jean-Luc Mélenchon juge sur X que la marche est « un échec », notant l'absence de la CGT, de Force ouvrière, de Solidaires et de nombreuses associations.
C'est la seule séquence de cet article qui ne repose pas sur une phrase, mais sur une absence. Nous l'y mettons quand même, parce qu'une absence se lit aussi.
## 2 juin 2024 : « résiduel »
En pleine campagne des législatives, dans une note de blog, Jean-Luc Mélenchon évoque un antisémitisme « résiduel » en France. Les actes antisémites ont alors explosé depuis le 7 octobre. LFI expliquera qu'il visait un antisémitisme « qui persiste, qui a toujours été là ».
Treize jours plus tard, le 15 juin 2024, dans un local désaffecté de Courbevoie, une fille de 12 ans est violée et frappée. Ses agresseurs la traitent de « sale juive ». Le 13 juin 2025, le tribunal pour enfants de Nanterre condamnera deux mineurs à neuf et sept ans de prison ferme. Le 19 juin 2024, le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti mettra publiquement en cause Mélenchon pour ses propos sur l'antisémitisme « résiduel ».
Pour sa marche contre le racisme du 22 mars, LFI diffuse une affiche représentant l'animateur Cyril Hanouna, générée par intelligence artificielle : sourcils froncés, nez saillant, rictus. La ressemblance avec l'imagerie antisémite de la propagande nazie provoque un scandale. Le parti retire l'affiche ; plusieurs de ses dirigeants reconnaissent une « erreur » ou une maladresse, et admettent l'origine artificielle de l'image. La réaction de Mélenchon sur France 3, où il s'emporte contre la question, relance la polémique jusque dans son camp : Olivier Faure, Clémentine Autain et Dominique Sopo la critiquent.
Une précision s'impose, et nous y tenons. Le 21 mars 2025, le tribunal de Nanterre a condamné LFI à verser 3 500 euros à Cyril Hanouna pour atteinte au droit à l'image. Pas pour antisémitisme. Le média critique Acrimed conteste d'ailleurs la lecture antisémite de l'affiche. Les deux choses ne doivent pas être confondues.
## 17 juin 2026 : « à la demande du Crif »
Le préfet de police de Paris, Patrice Faure, interdit le concert que LFI organisait place de la République pour la Fête de la musique, en raison de la venue d'Assa Traoré, du Comité Adama et du rappeur Médine. Jean-Luc Mélenchon affirme que le préfet a agi « à la demande du président du Crif Yonathan Arfi et du maire socialiste de l'arrondissement Paris Centre » Ariel Weil, et dénonce un « scandale démocratique grave ».
Yonathan Arfi dément avoir demandé quoi que ce soit. Le Crif répond par une formule : « la machine à fantasmes antisémites fonctionne à plein régime ». Le motif de l'arrêté, lui, est public, et il ne mentionne aucune organisation juive.
Le Crif répond par une formule : « la machine à fantasmes antisémites fonctionne à plein régime ».
## 4 novembre 2026 : le débat refusé
Après les pillages en marge des manifestations du 17 octobre, Édouard Philippe évoque une « surreprésentation de jeunes issus de l'immigration ». Mélenchon dénonce des « calomnies racistes » et un « clientélisme racialiste ». Philippe lui propose alors de débattre du racisme et de l'antisémitisme, « quand il veut, où il veut », et l'accuse d'être « le premier à utiliser les codes de l'antisémitisme ». Le 4 novembre, Mélenchon refuse.
## Ce que cet article ne dit pas
Il ne dit pas que Jean-Luc Mélenchon est antisémite. Ce n'est pas à nous de prononcer ce mot à sa place, et aucune juridiction ne l'a fait. Il ne dit pas non plus que les électeurs insoumis le sont. Il dit qu'un homme qui veut présider la France a, en trois ans, visé une institution juive, désigné la présidente juive de l'Assemblée comme agissant hors du peuple français, manqué la marche contre l'antisémitisme, qualifié de « résiduel » un phénomène en pleine explosion, diffusé puis retiré une affiche jugée infâmante, attribué une décision de police à un président du Crif qui dément, et refusé d'en débattre.
Nous avons écarté plusieurs épisodes souvent cités, concernant Danièle Obono, David Guiraud ou Thomas Portes, faute d'un sourçage assez solide à l'heure où nous écrivons. Sept dates suffisent.
Jean-Luc Mélenchon a officialisé sa candidature le 3 mai 2026 sur TF1. C'est sa quatrième. Le premier tour a lieu le 18 avril 2027.
Il veut présider la France. Est-ce acceptable ?