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Diaspora

« Nous avons simplement pris nos précautions » : à Belleville, des balles sur Kol Nidre et une communauté ressortie entière

Dimanche soir, alors que la synagogue Sons of Jacob de Belleville, en Ontario, entrait dans Kippour, des coups de feu ont éclaté devant le bâtiment. Un policier et un homme de 29 ans blessés, des impacts sur une fenêtre, aucun fidèle touché. On peut raconter la peur. Il est plus juste de raconter ce qui a tenu.

Il était 19h10, dimanche, à Belleville, une ville de l'Ontario à quelque 110 kilomètres à l'est de Toronto. Dans la synagogue Sons of Jacob, un bâtiment de briques de deux étages posé dans un quartier résidentiel, la communauté juive locale se rassemblait pour Kol Nidre, l'office qui ouvre Yom Kippour. C'est à ce moment qu'un agent de la police de Belleville a croisé un homme dans le secteur. Des coups de feu ont été échangés. Le policier et l'homme, âgé de 29 ans selon plusieurs médias canadiens, ont été transportés à l'hôpital, le second dans un état jugé critique. Des impacts de balles ont été relevés sur une fenêtre de l'édifice.

À l'intérieur, personne n'a été touché. La congrégation l'a confirmé sur les réseaux sociaux. « Nous avons tous simplement pris nos précautions », a raconté un fidèle à un journaliste canadien. « Le tireur n'a, à notre connaissance, jamais pénétré dans le bâtiment. Mais de nombreux coups de feu ont été tirés. » L'Unité des enquêtes spéciales de l'Ontario, l'organisme civil compétent dès qu'un policier est impliqué dans un incident grave, a pris l'enquête en main. Ni le mobile ni le lien avec la synagogue ne sont établis à ce stade, et Midbar ne les inventera pas.

Ce qui est établi, c'est le contexte. Depuis le 7 octobre 2023, synagogues et écoles juives de l'Ontario et du Québec ont essuyé tirs, cocktails Molotov et vandalisme. Une école juive de filles de Toronto a été visée par des coups de feu pour la troisième fois en un an il y a quelques mois ; une synagogue torontoise a été incendiée en décembre. La mairesse de Toronto, Olivia Chow, avait dénoncé un antisémitisme qui n'a « pas sa place » dans sa ville. Les Juifs canadiens vivent depuis deux ans avec cette menace autour de leurs institutions. Et ils y vont quand même.

La mairesse de Toronto, Olivia Chow, avait dénoncé un antisémitisme qui n'a « pas sa place »

C'est là que Belleville mérite d'être lu autrement. La presse retiendra la fusillade. Nous retenons trois choses qui ont tenu. Un policier canadien se trouvait dans le secteur d'une petite synagogue, un dimanche soir, à l'heure de la plus grande affluence de l'année, et c'est lui qui a été touché. Une congrégation de province, loin des moyens de Toronto ou de Montréal, a réagi avec des réflexes acquis : le mot « simplement » dans la bouche de ce fidèle en dit plus long que n'importe quel communiqué. Et une porte est restée fermée entre un homme armé et des familles en prière.

Ce fidèle ne parle pas le langage de la victime. Il parle celui d'un peuple qui a appris. Halle en 2019, où deux personnes ont été tuées près d'une synagogue, Manchester en 2025 avec une attaque à l'arme blanche, et maintenant Belleville : Kippour revient dans la liste parce que ce soir-là toutes les synagogues du monde sont pleines. Des responsables sécuritaires israéliens ont d'ailleurs appelé ces derniers jours à renforcer la vigilance pendant les fêtes, un ancien cadre du Shin Bet recommandant même aux fidèles titulaires d'un permis de venir armés. On peut discuter la méthode. Pas le principe : la sécurité des Juifs se construit, elle ne se décrète pas.

Et voici l'angle que l'on oublie. Kol Nidre est le soir où celui qui prie chaque jour et celui qui ne vient qu'une fois l'an se retrouvent dans la même salle. C'est cette affluence qui attire ceux qui veulent frapper. C'est aussi elle qui fait notre force : un peuple entier, debout ensemble, qui prend ses précautions et continue de chanter. Pour les communautés de province en France, qui se reconnaissent dans cette synagogue de briques, la leçon n'est pas la peur. C'est que la présence d'un État qui protège et le calme d'une communauté préparée forment, ensemble, une porte qui tient.

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