Ce geste, le peuple juif le reconnaît, parce qu'il l'a déjà vu. Pendant des siècles, dans plusieurs pays d'Europe, on a pendu ou brûlé chaque année à Pâques un mannequin de Judas, affublé des traits que l'imagerie chrétienne prêtait au Juif. La « pendaison de Judas » n'était pas un débat théologique : c'était une pédagogie de la haine, un rite collectif qui apprenait à la foule qui l'on avait le droit de haïr. Le mannequin changeait de nom selon les époques. La corde, elle, ne changeait pas.
C'est ici que le mot « antisioniste » se fissure. Si le mannequin visait vraiment un homme, la réponse existe déjà : Benjamin Netanyahou est le dirigeant d'une démocratie, ses électeurs comme ses opposants ont un bulletin, une presse libre, des tribunaux. Les Israéliens n'ont besoin de personne pour juger leur Premier ministre. Mais une effigie pendue devant l'ONU ne s'adresse pas aux électeurs israéliens. Elle s'adresse au monde, et lui désigne une cible : l'État juif, incarné dans le visage de celui qui le dirige aujourd'hui, et de celui qui le dirigera demain.
Mais une effigie pendue devant l'ONU ne s'adresse pas aux électeurs israéliens.
Voilà pourquoi ce spectacle nous concerne tous, et pourquoi il ne divise pas. L'électeur du Likoud et son adversaire le plus résolu, le haredi de Bnei Brak et le réserviste laïc, le Juif de Sarcelles et le rabbin libéral de New York regardent la même corde et comprennent la même chose : quand on pend le Premier ministre d'Israël en effigie, ce n'est pas son programme qu'on pend. Personne n'a à aimer un dirigeant pour refuser qu'on en fasse un pendu.
Et c'est aussi ce qui donne de la force. Face à la potence symbolique, notre camp n'a jamais eu besoin d'effigies. Il a bâti un État où les dirigeants se remplacent par le vote, où les désaccords se règlent à la Knesset et devant des juges, où la colère la plus vive prend la forme d'une manifestation et non d'une corde. C'est exactement cette différence que les manifestants de New York ont rendue visible, sans le vouloir, au pied de l'ONU.
Alors retenons l'image, mais pour ce qu'elle est : un aveu. Ceux qui prétendent défendre le droit international en pendant un Juif en effigie viennent de dire quel droit ils veulent. Nous, nous savons lequel nous voulons : celui qui juge les actes, le même pour tous, et qui ne connaît pas de potence.