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Diaspora

78 % suivent, 8 % votent : les Juifs américains, citoyens sans bulletin d'Israël

Le baromètre du JPPI révèle un paradoxe vertigineux : les Juifs américains suivent massivement un scrutin auquel ils ne participeront presque jamais, et souhaitent à 54 % la victoire de l'opposition. Ce n'est pas un divorce avec Israël — c'est la preuve qu'Israël est devenu le parlement virtuel de tout le peuple juif.

·Source : IsraJ

Le chiffre mérite qu'on s'y arrête : selon le baromètre « Voix du peuple juif » du mois d'août, mené par l'Institut de politique du peuple juif (JPPI), 78 % des Juifs américains interrogés déclarent suivre l'actualité des prochaines élections israéliennes. Or seuls 8 % d'entre eux détiennent la citoyenneté israélienne et disposent donc d'un droit de vote effectif. Neuf sur dix regardent un match auquel ils ne joueront jamais — et ils le regardent avec la passion de ceux dont le sort se joue sur le terrain.

Sur le fond, le verdict est net : 54 % des personnes interrogées souhaitent la victoire de l'opposition israélienne, contre 14 % seulement qui espèrent le maintien de la coalition actuelle. Le clivage épouse les lignes politiques américaines : chez les répondants nettement progressistes, le soutien à l'opposition atteint 78 % (contre 2 % pour la coalition) ; chez les conservateurs, la coalition l'emporte à 56 %. Détail savoureux : 34 % des électeurs de Donald Trump estiment qu'il ne leur appartient tout simplement pas de se prononcer.

La lecture facile consisterait à y voir une fracture de plus entre Israël et la diaspora américaine. C'est une erreur de perspective. Un peuple fracturé ne suit pas à 78 % les élections d'un pays où il ne vote pas : il s'en détourne. Ce que mesure réellement le JPPI, c'est l'inverse d'un divorce — un attachement si profond qu'il survit à la privation de tout levier politique. Les Juifs américains ne se comportent pas en observateurs étrangers ; ils se comportent en citoyens sans bulletin, actionnaires moraux d'un État dont ils ne détiennent aucune part juridique.

La lecture facile consisterait à y voir une fracture de plus entre Israël et la diaspora américaine.

Certes, le JPPI précise que son enquête ne constitue pas un échantillon représentatif de l'ensemble des Juifs américains, mais reflète les positions d'une population « connectée », dotée d'un lien fort avec la communauté, avec Israël ou avec son identité juive. Justement : c'est cette population connectée qui donne, milite, défend Israël sur les campus et dans les rédactions. Son opinion n'est pas un sondage parmi d'autres — c'est la météo du sionisme de diaspora.

Et c'est là que se niche l'angle que la presse généraliste ne verra pas. Un autre chiffre du baromètre dit tout : 65 % des répondants jugent pleinement légitime que des Israéliens vivant à l'étranger se déplacent en Israël uniquement pour voter. Autrement dit, la diaspora elle-même est en train de théoriser une appartenance à géométrie variable — où le lien prime sur le passeport, où l'identité précède le bulletin. Herzl avait imaginé un État pour rassembler les Juifs ; il n'avait pas prévu que cet État deviendrait, un siècle plus tard, l'arène politique commune d'un peuple mondialisé qui y projette ses débats sans y résider.

La vraie question posée par ce sondage n'est donc pas « la diaspora aime-t-elle encore la coalition ? ». C'est : que fera Israël de ces millions de Juifs qui le vivent comme leur affaire intime sans avoir voix au chapitre ? Les ignorer serait dilapider le capital stratégique le plus précieux de l'État juif. Les écouter sans leur céder la souveraineté — voilà l'équilibre que le prochain gouvernement, quel qu'il soit, devra inventer.

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